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Politique

Rapprochement PAM-PJD: Un scénario peu probable pour l’heure

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5700 Le 18/02/2020 | Partager
Les ténors islamistes ne voient pas d’un bon œil cette ouverture politique
Ouahbi vise les partis d’opposition avant de tomber dans les bras du PJD
La composition du bureau politique, la grande inconnue

Plus d’une dizaine de jours après son élection par applaudissements, faute de concurrents  qui ont préféré jeter l’éponge avant même l’organisation du vote, Abdellatif Ouahbi n’est pas encore sorti de son cocon confortable post-victoire. Ses adversaires d’hier se terrent en attendant qu’il décline concrètement ses intentions. Lui, qui, hier encore, avait habilement joué avec la presse, cherche maintenant à l’éviter. Jusqu’à quand?

Qu’importe, sur la mise en place des instances du parti, particulièrement le bureau politique, le nouveau patron n’a pas encore révélé officiellement son offre. Il semble qu’il compte présenter sa liste des membres de cet organe décisionnel. Ses adversaires devront faire pareille avec la leur, et que le meilleur gagne, souligne un proche du SG.

En fait, c’est le conseil national, le parlement du parti, qui tranchera sur les deux. Cette instance est présidée par Fatima Zahra Mansouri, un de ses premiers soutiens pour la conquête du PAM. Idem pour les membres choisis à la fin du 4e congrès, lorsque les 6 candidats à la succession de Hakim Benchamach s’étaient officiellement retirés de la course. Du coup, à moins d’un rebondissement de dernière minute, l’étape de la composition du BP n’est qu’une simple formalité.

L’autre chantier urgent est la restructuration organisationnelle du parti. Il faudra remettre de l’ordre dans la maison, changer les coordinateurs régionaux qui lui étaient hostiles. Ce travail n’est pas une sinécure. Dans cette étape, le nouveau patron devra faire preuve de doigté et une forte dose de diplomatie pour arriver à négocier ce virage sans grands dégâts.

Car le PAM n’est pas une formation comme les autres, avec des principes idéologiques et politiques qui convergent vers des objectifs communs. C’est plutôt une formation où se côtoient des notables, des technocrates, des gauchistes, des arrivistes de tous poils… Sans parler de certaines sensibilités régionales comme celles qui affichaient encore leur origine rifaine pour obtenir des privilèges.

Ce kaléidoscope n’est pas facile à gérer, surtout que les uns veulent protéger et fructifier leurs intérêts, d’autres des postes et des rentes de situation,… Comment Abdellatif Ouahbi saura-t-il naviguer au milieu de ces écueils et gérer autant de contradictions, sans affaiblir le parti?
Reste le principe fondateur, l’alpha et l’oméga ayant présidé à la création de cette formation il y a une douzaine d’années: l’authenticité et la modernité. Ce projet ne peut être abandonné. La question est de savoir comment le réanimer et le replacer au cœur de la stratégie du nouveau PAM.

Les alliances ne sont pas en reste. Dès sa première prise de parole, le nouveau SG n’a pas caché son intention de se rapprocher de l’Istiqlal, du PPS et de la GSU. Le but est d’explorer ensemble les moyens pour coordonner le travail commun d’ici les prochaines échéances électorales.

Après 2021, Ouahbi se retournera vers ses supposés amis du PJD pour gouverner ensemble. Même s’il n’a pas été de l’équipe fondatrice du PAM, il est conscient que cette formation est faite pour gouverner. Sauf que le printemps arabe avait faussé tous les calculs et emporté tous les desseins qui avaient été échafaudés à l’époque.

Aujourd’hui, faute de piloter le prochain exécutif, l’heure est venue pour l’intégrer, quels que soient les résultats obtenus. Sinon, les notables voudront aller ailleurs, dans un parti de gouvernement qui protège leurs intérêts.

D’ailleurs, le nouveau patron ne s’est pas gêné d’orienter ses flèches vers le RNI, coupable à ses yeux de vouloir faire une OPA sur de nombreux députés du PAM. En ciblant Aziz Akhannouch, il se rapproche du PJD qui ne perd pas une occasion pour tirer sur cette formation qui fait pourtant partie de la majorité. En tout cas, l’ancienne direction du PAM avait l’intention de travailler avec le RNI comme l’avait fait celui-ci pour les élections législatives du 7 octobre 2016.

Cependant, la nouvelle équation de Ouahbi consistant à se rapprocher du PJD n’est pas encore acquise. En effet, il est conscient que la réconciliation de son parti avec le PJD ne sera pas une promenade de santé. En outre, il n’est pas évident qu’il puisse tirer profit de sa proximité personnelle avec certains ténors du PJD. Dans les rangs du PAM, on a tendance à le croire.

Sauf qu’on oublie vite. Pour s’en rendre compte, il vaut mieux se rappeler l’expérience du PPS qui s’était allié au PJD au point d’obtenir des portefeuilles importants sans lien avec le poids électoral. Beaucoup pensaient que Nabil Benabdallah allait fructifier ce rapprochement par de bons scores lors des législatives de 2016. Finalement, ce n’est pas ce qui s’était produit.

Par ailleurs, beaucoup au sein de l’état-major du parti islamiste ne voient pas l’ouverture politique du PAM d’un bon œil. Pour un membre du secrétariat général, ce n’est pas parce que le PAM a changé de patron que le PJD va lui ouvrir ses bras grands ouverts et le considérer comme une formation ordinaire qui s’intègre dans l’échiquier politique.

Le passif et les tensions entre ces deux partis sont si lourds qu’il faudra du temps et des garanties solides pour pouvoir effacer entièrement l’ardoise. Mais, à dire vrai, en politique, l’impossible n’existe pas.

Attention à la chasse aux sorcières

Dans le travail de réorganisation du parti, Abdellatif Ouahbi devra faire preuve de prudence. Car, s’il cherchera à éliminer ses adversaires en s’entourant d’une nouvelle direction, il risque de les braquer. La chasse aux sorcières peut les pousser vers la sortie et provoquer ainsi une scission au sein d’un parti qu’il y a encore quelques mois était au bord de l’implosion. Pour l’heure, le seul fait d’arme du nouveau patron du PAM a été une réunion avec les parlementaires des deux Chambres pour les inciter à reprendre leurs cotisations en faveur du parti. Ils avaient arrêté de contribuer aux finances du PAM, particulièrement après la disparition des cotisations que chapeautait l’ancien chef de groupe parlementaire de la Chambre des conseillers.

Mohamed CHAOUI

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