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La rupture par Alger des relations diplomatiques avec le Maroc: Quelles conséquences?

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:6095 Le 17/09/2021 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’IMRI (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK)

Le différend avec l’Algérie se décompose en trois parties: la question du Sahara, le problème des frontières en général et la fermeture à l’est de la frontière terrestre entre les deux pays.

Concernant la question du Sahara, le président Boumediene en 1974 avait affirmé que l’Algérie n’a pas de revendication territoriale au Sahara, et qu’il a même promis une aide militaire algérienne au Maroc en cas de conflit avec l’Espagne. Sa position a complètement changé après la «Marche verte» du 6 novembre 1975, et l’Accord de Madrid du 14 novembre 1975 accordant deux tiers du territoire du Sahara au Maroc et un tiers à la Mauritanie.

Depuis cette date, l’Algérie n’a cessé de s’opposer à l’intégrité territoriale du Maroc, en menant une guerre en 1976 contre le Maroc aux côtés du Polisario, qu’elle a perdue. L’Algérie a en outre poussé le Polisario à créer la «RASD» (République arabe sahraouie démocratique) le 27 février 1976 et la fait admettre illégalement comme membre de l’OUA le 12 novembre 1984, acte ayant poussé le Maroc à quitter l’Organisation.

Plan d’autonomie

En 2007, le Royaume a proposé un Plan d’autonomie pour le Sahara accordant des pouvoirs étendus aux Sahraouis, mais sous souveraineté marocaine. Ce plan a été refusé par l’Algérie et le Polisario, en se raccrochant à chaque réunion sous l’égide de l’ONU au référendum d’autodétermination. Le référendum a été accepté par le Roi Hassan II en 1981 au Sommet de l’OUA à Nairobi. Une Commission de l’ONU a été chargée de déterminer le corps électoral apte à voter lors du référendum. Cette Commission n’a pas réussi à mettre d’accord le Maroc et le Polisario, ce qui a éliminé cette option pour résoudre définitivement la question du Sahara.

Dans son discours du Trône du 31 juillet 2021, le Roi Mohammed VI a renouvelé aux dirigeants algériens l’invitation pour de nouvelles relations bilatérales fondées sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage. La réponse de l’Algérie a eu lieu le 24 août 2021 par la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc.
Le second contentieux entre le Maroc et l’Algérie concerne les frontières entre les deux pays. En effet, la France avait en 1952 intégré à l’Algérie, alors un département français, des localités marocaines dont Tindouf et Colomb Bechar.

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Des soldats marocains face aux troupes algériennes en novembre 1963, lors de la fameuse «guerre des sables» (Ph. MAP)

En 1956, après l’indépendance, le gouvernement français a proposé au Maroc la restitution de ces territoires avec comme contrepartie la fin de l’aide du Maroc à l’Algérie qui était en guerre avec la France. Le Roi Mohammed V refusa cette proposition qu’il a considérée comme «un coup de poignard aux frères algériens».

Le 6 juillet 1961, le président Ferhat Abbas du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) en visite au Maroc a signé une convention pour reconsidérer les frontières entre les deux pays à la suite de l’indépendance de l’Algérie. Cette convention n’a pas été respectée par le gouvernement Benbella, ce qui a entraîné la «guerre des sables» de 1963.

A l’origine de la fermeture terrestre entre le Maroc et l’Algérie, l’attentat de l’hôtel Atlas-Asni de Marrakech le 24 août 1994. Les auteurs de ces attentats étaient des ressortissants français d’origine algérienne. Deux Espagnoles ont été tuées et une Française blessée. Le gouvernement marocain a mis en cause les services secrets algériens, et imposa un visa aux Algériens pour entrer au Maroc. L’Algérie décide en réaction la fermeture de la frontière terrestre entre les deux pays depuis cette date (1994) jusqu’à maintenant, malgré l’appel à l’ouverture de cette frontière à plusieurs reprises du Roi Mohammed VI.

Le cas du gazoduc Maghreb-Europe

La rupture des relations diplomatiques par l’Algérie n’a pas d’importantes conséquences économiques. L’Algérie est le 26e client et le 21e fournisseur du Maroc, et il y a très peu d’entreprises algériennes au Maroc. Il y a cependant le cas du gazoduc Maghreb-Europe qui traverse le Maroc pour transporter le gaz algérien en Espagne. Il s’agit d’un gazoduc long de 1.300 km dont 540 km au Maroc, ayant une capacité de 13,5 milliards de m3. Le Maroc reçoit en tant que droit de passage 900 millions de m3, qui alimentent deux centrales électriques.

Le ministre algérien de l’Energie et des Mines a déclaré le 26 août 2021 que toutes les exportations de gaz vers l’Espagne se feront à travers Medgaz, un gazoduc reliant directement l’Algérie à l’Espagne sous la mer Méditerranée. Cela suppose que le contrat du gazoduc Maghreb-Europe ne sera pas renouvelé le 31 octobre 2021, date de son échéance. Si c’est le cas, le Maroc devra acheter sur le marché international les 900 millions de m3 dont il a besoin, et les transporter dans le gazoduc Maghreb-Europe qui deviendra sa propriété.

Cette rupture des relations diplomatiques occasionne des pertes pour les deux pays, d’autant que toutes les études ont montré que la non-intégration économique du Maghreb fait perdre 2 points de PIB à chaque pays membre de l’UMA. Au niveau de la communauté internationale, le Maroc sera considéré comme un pays demandeur de paix, alors que l’Algérie sera jugée négativement.

En fait, le gouvernement algérien, contrôlé par les militaires, est aux abois, du fait de la crise politique (Hirak) économique et sociale qui le traverse, et qu’il recherche un ennemi extérieur pour consolider sa légitimité. C’est donc une décision prise surtout pour des raisons de politique intérieure, et qu’il n’y a pas à mon avis de risque de confrontation armée entre les deux pays.
En conclusion, cette situation ne peut être que déplorée dans un contexte régional et mondial troublé, qui exige de rassembler les peuples de la région maghrébine pour avancer ensemble sur la voie du progrès et de la croissance partagée.

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