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Ecole: Le «miracle éducatif» passera par les enseignants

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:6114 Le 14/10/2021 | Partager
L’équipe Akhannouch mise sur la formation et la valorisation des profs
Augmentation du 1er salaire et création d’une faculté à accès sélectif
Mais les maux du système sont légion!

S’il y a une chose que l’on ne pourrait reprocher au gouvernement Akhannouch, c’est son manque d’ambition. Pour l’enseignement, question épineuse concentrant les espoirs de tous les Marocains, le nouvel exécutif a mis la barre très haut. Il se fixe comme objectif de faire figurer le Maroc parmi les 60 pays les plus performants dans le domaine, sachant qu’aujourd’hui il se trouve en queue de peloton, notamment en ce qui concerne l’éducation primaire-secondaire. Le gouvernement fraîchement nommé n’a pas encore précisé d’échéancier pour atteindre ce rang. Les détails seront sans doute bientôt livrés.

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Par rapport à 1999, les collégiens marocains n’ont amélioré leur score en maths que de 51 points. Cela représente une hausse moyenne de 2,5 points par ans. A ce rythme, il faudra des décennies pour atteindre le niveau de certains pays de la région MENA. A titre d’exemple, il faudrait 34 ans pour atteindre celui des Emirats arabes unis, dont le score était de 473 en 2019

Redonner à l’école publique ses lettres de noblesse fait partie des piliers de ce que le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, appelle l’Etat social. Comme principal levier de réforme évoqué jusqu’à présent, les enseignants. La nouvelle équipe a le mérite d’avoir bien intégré l’importance du capital humain du secteur dans tout processus de réforme. La Banque mondiale n’a de cesse de le répéter, «la qualité d’un système éducatif ne pourrait dépasser celle de ses enseignants».

Et le niveau des nôtres est particulièrement préoccupant. L’étude dévoilée par l’Observatoire national du développement humain (ONDH) et la Banque mondiale en 2018 avait montré le niveau médiocre des profs du primaire en langues, compréhension et pédagogie.

Des profs qui doivent retourner à l’école!

Globalement, l’échantillon des 1.274 enseignants évalués avait permis de leur octroyer des notes de 5,5/10 en arabe, de 4/10 en français et de 3,5/10 en pédagogie. Des résultats que l’on peut imputer à une politique désastreuse de recrutement et de formation, avec une sélection opérée en grande partie auprès de licenciés chômeurs et de profils sans aucune vocation ou préparation pour la fonction. Des candidats dont le seul objectif est de décrocher un poste dans la fonction publique et de s’assurer une «rente salariale» à vie.

A cela s’ajoute une formation express de quelques mois. Les licences des métiers de l’éducation et de la formation lancées par Saaïd Amzazi, complétées par une année dans les Centres des métiers de l’éducation et de la formation (CRMEF) et une année de stage (une formule soit dit en passant séduisante), n’avaient pas attiré grand monde. Et pour cause, pour intéresser les meilleurs bacheliers, c’est tout un package qu’il faudrait mettre en place, afin de rendre le métier plus alléchant, et surtout, plus gratifiant. C’est justement l’intention du nouveau gouvernement qui entend revaloriser le statut des enseignants, et améliorer leurs conditions de travail.

Une augmentation du salaire d’entrée est ainsi envisagée (actuellement un prof du primaire démarre sa carrière avec une rémunération autour de 5.100 DH), en plus d’une stratégie nationale destinée à renforcer la capacité de formation du corps enseignant. Une faculté d’éducation et de formation à accès sélectif est dans le pipe. Elle viendra appuyer les structures déjà en place, à savoir les CRMEF.

L’équipe Akhannouch promet d’améliorer la qualité de l’offre éducative et de garantir l’égalité des chances des élèves. Toutefois, réussir ce pari est moins évident qu’il n’y paraît. Tout au long des vingt dernières années, les tentatives de réforme se sont succédé sans résultats probants. Les scores des élèves marocains dans les évaluations internationales de référence, notamment TIMSS (mathématiques et sciences) et PIRLS (lecture et compréhension), restent très en deçà de la moyenne. Les écoliers marocains se placent toujours parmi les derniers de la classe.

En lecture, par exemple, les résultats des élèves de 4e année du primaire n’ont cessé de se dégrader tout au long de la décennie 2001-2000. Entre 2001 et 2016, le score en lecture n’a gagné que 8 points. Nous nous sommes également intéressés aux performances des élèves de 2e année du collège en mathématiques sur 20 ans. 59% des collégiens n’atteignent même pas le niveau «bas» de l’évaluation, seuls 2% ont un niveau élevé et 12% intermédiaire. Et là encore, le score moyen ne s’est bonifié que d’une cinquantaine de points.

Autrement dit, chaque année le résultat de l’évaluation progresse en moyenne de 2,5 points seulement. A ce rythme, difficile de croire en une montée en flèche des performances dans un laps de temps réduit. Surtout que les maux dont souffre l’école publique sont légion.

Hormis la qualité et l’engagement des enseignants, qui demeurent parmi les principaux handicaps à la «renaissance éducative» à laquelle a appelé la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement, d’autres éléments rentrent en jeu. D’abord, l’implication des parents, sachant que les trois quarts des élèves (selon PIRLS 2016) ont des parents ou tuteurs avec un niveau d’études ne dépassant pas le collège. Il y a également la question des retards scolaires.

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De 2001 à 2016, le score des écoliers marocains en lecture (en dessous de la moyenne de 500) n’a progressé que de 8 points, soit une augmentation d’un demi-point par an en moyenne sur 15 ans

En 2019, près de 48% des élèves du primaire et environ 64% de ceux du collège avaient un retard d’une année ou plus, en raison d’une rentrée tardive à l’école ou d’un redoublement, selon les chiffres de l’Education nationale. Au collège, le redoublement est à plus de 23%.

Par ailleurs, la part des enfants ne profitant pas d’un enseignement préscolaire les préparant à l’école reste élevée. Elle avoisine actuellement le tiers. A noter que la qualité de l’offre préscolaire en place laisse à désirer. Les enfants sont, en outre, scolarisés dans des établissements avec une faible mixité sociale, ne leur présentant que peu d’exemples de réussite.

A peine 8% sont dans des écoles en équilibre social (TIMSS 2019). Quelque 84% sont dans des établissements où les couches défavorisées sont dominantes. Les ressources des écoles sont généralement limitées. Près des deux tiers des enfants sont inscrits dans des établissements sans librairies et sans ordinateurs.

Environ le tiers n’a pas de livres à domicile (PIRLS 2016), 57% ne possèdent pas d’ordinateur ou de tablette et 69% n’ont pas accès à une connexion internet. Les directeurs des écoles, pour leur part, manquent de compétences en management et ne disposent, souvent, pas d’un projet d’établissement.

Le chantier de la réforme est titanesque. Cependant, il ne s’agit pas simplement de l’affaire d’un gouvernement. Le projet implique la mobilisation de toutes les composantes de la société, et surtout, une forte volonté de changement.

Ahlam NAZIH

 

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