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Regroupement dans la restauration collective

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:6116 Le 18/10/2021 | Partager
Deux sociétés procèdent aux rachats de leurs concurrents
Pourquoi le visa du Conseil de la concurrence est obligatoire
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Deux opérations de prises de contrôle de sociétés vont redimensionner le marché de la restauration collective. Elles ont été engagées par des poids lourds de la filière, Newrest Maroc et Ansamble Maroc (Ph. L’Economiste)

Du mouvement chez les opérateurs de la restauration collective. Newrest Maroc Services SA va racheter Sodexo SA. Un accord de principe a été conclu le 19 mai 2021. Il porte sur le contrôle exclusif direct de Sodexo via le rachat de toutes ses actions et de ses droits de vote. 

L’opération n’est pas encore close. Vu qu’il s’agit d’un projet de concentration économique, elle est en cours «d’examen approfondi» au Conseil de la concurrence (voir encadré). Sa décision a été annoncée fin septembre 2021 au Bulletin officiel n°7026. Le régulateur a pour mission de contrôler ce type d’opération et leur impact sur le marché national. L’examen préalable des projets de concentration économique a constitué 72% de son activité en 2020.  
Qu’est-ce qui justifie ce projet de rachat dans la filière de la restauration collective?    

Société de droit marocain, Sodexo SA annonce «vouloir se retirer de plusieurs pays au nord et à l’est de l’Afrique pour des raisons stratégiques». Elle veut ainsi «concentrer ses moyens financiers et administratifs dans les pays où elle est fortement présente comme les Etats-Unis, l’Angleterre et la France», selon l’entreprise créée en 1999. Newrest Maroc Services SA vise pour sa part «à acquérir l’expertise» de son concurrent dans la «facility management».

«Ce sont des fonctions support à l’activité principale comme le gardiennage ou le nettoyage», explique un expert. Créée en 1985, Newrest Maroc Services SA est également une société de droit marocain. Elle dispose de trois filiales au Maroc.
Newrest Wagons-Lits Sarl s’active dans la restauration des chemins de fer. Atasa SA offre ces mêmes prestations au niveau des aéroports du Royaume.
La troisième filiale «inactive» se dénomme Newrest Santé Maroc SA.   
L’opération envisagée se base sur d’autres considérations. «Sodexo Marco vit des difficultés financières importantes. Son rachat est la seule option pour préserver son activité et ses actifs», a déclaré le prétendant à son acquisition au Conseil de la concurrence.

«Les raisons de ses problèmes financiers sont confidentielles», selon une source proche du dossier. Ce type d’information relève du secret d’affaires qui engage juridiquement toutes les parties prenantes.  
L’on sait d’ores et déjà que la pandémie et la fermeture des frontières depuis mars 2020 ont eu un impact violent sur le tourisme. Un secteur auquel est étroitement liée la restauration collective. Mais rien n’est gagné d’avance.

L’examen approfondi passe aussi par une vérification minutieuse des données financières et l’audition des concurrents et de la clientèle des entreprises concernées. Le régulateur dispose de 2 mois pour livrer ses résultats. Ce délai court à compter du 29 juillet 2021 date à laquelle l’examen approfondi de l’opération a été décidé. «Ce deadline n’inclut pas les éventuelles suspensions pour complément d’informations», précise un praticien sous couvert d’anonymat.  

Un dossier qui fait jurisprudence

Le deal envisagé entre Newrest Maroc Services et Sodexo n’est pas un cas unique. Le monde de la restauration collective a déjà vu passer en juin 2021 une affaire similaire. En effet, Ansamble Maroc a acquis l’intégralité des parts sociales de Proxi Rest. Elle a abouti à la prise de contrôle exclusif direct du capital et droits de vote de cette Sarl. L’opération est intervenue après un examen approfondi du Conseil de la concurrence. Ce premier cas fait jurisprudence. Le projet de concentration économique a été validé contre «engagements» de l’acquéreur auprès du régulateur.

Ansamble Maroc demeure ainsi une «entité juridique distincte» de Proxi Rest. «A compter de la réalisation de l’opération, les deux sociétés seront maintenues avec une stratégie client et une organisation propre», selon la décision n°2021/ق/63 du régulateur. S’y ajoute «l’indépendance dans tous les aspects de la politique commerciale des deux entités» en matière d’objectifs à atteindre, de bases de données, de fixation des prix, de facturation, de gestion bancaire…  Tels sont les axes des engagements signés par le PDG d’Ansamble Maroc, François Bonnot, et de son DG-délégué, Nicolas Belleteste.  

Pourquoi le régulateur a-t-il exigé cette muraille de Chine?
«Le marché de la restauration collective est très concentré. Les quatre premières sociétés dominent presque 70% du marché: Ansamble Maroc, Proxi Rest, Sodexo et Newrest Maroc Services», selon son analyse concurrentielle.

L’instance a décidé un examen approfondi pour les deux opérations. Si Ansamble Maroc a passé l’examen contre engagements, son concurrent Newrest Maroc devra patienter. Le Conseil doit vérifier entre autres s’il y a des barrières à l’entrée dans le marché de la restauration collective et son niveau d’impact sur la concurrence.

                                                                                        

Pas de chèque en blanc pour les concentrations 

«Mieux contrôler les opérations de sauvetage pour construire les marchés et les secteurs», note le Conseil de la concurrence dans son rapport d’activité 2020. Allusion aux projets de concentrations économiques dont il est le contrôleur et qui ne souhaite pas faire passer comme une lettre à la poste. (Cf. L’Economiste n°6107 du 5 septembre 2021). Il va falloir par exemple adopter «une procédure d’examen de l’entreprise défaillante en cas de concentrations de sauvetage». Ces opérations «ont généralement un caractère urgent et peuvent donc occulter les intentions réelles des entreprises». D’où le recours à un examen approfondi des projets de rachats soumis au régulateur. C’est le cas actuellement dans la restauration collective. Newrest Maroc a des visées sur l’un de ses concurrents. Son projet est notamment justifié par «les difficultés financières» de Sodexo Maroc. Le Conseil de la concurrence a procédé à une première analyse du marché. Il n’écarte pas «le risque d’une entente entre opérateurs et d’une concentration plus élevée dans le marché». Le nombre de sociétés «ayant 70% de part de marché va passer de 4 à 3…» s’il valide l’opération de Newrest.
Le Conseil va se pencher aussi sur d’éventuelles «barrières réglementaires rendant l’accès difficile au marché». Les certificats qualité ou de sécurité sanitaire sont cités comme exemple.
Par ailleurs, le nombre de candidats et leurs identités est facilement connaissable dans les appels d’offres. «Ce qui peut conforter l’éventualité d’une coordination entre soumissionnaires. Un candidat pourrait ne pas baisser ses prix de crainte de provoquer son concurrent ou d’engendrer une guerre tarifaire», analyse le service d’instruction. Dans le dossier de Newrest Maroc, le Conseil prévoit d’approfondir son étude du marché des restaurants collectifs. Avec aussi l’audition des concurrents et des clients des entreprises concernées par le projet de concentration économique. Mais le régulateur ne perd pas de vue «le développement économique» que pourrait engendrer cette opération.

Faiçal FAQUIHI

 

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