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La technologie, principale source manquante pour notre croissance économique

Par Dr Ayache KHELLAF | Edition N°:6116 Le 18/10/2021 | Partager

Dr Ayache Khellaf est secrétaire général du Haut-Commissariat au Plan

Depuis le début des années 2000, le Maroc s’est engagé dans des investissements colossaux dans les infrastructures économiques et sociales pour rattraper le retard dans ce domaine.

Avec un taux d’investissement annuel qui dépassait le tiers du PIB national, le pays a développé aujourd’hui une infrastructure de classe mondiale en termes de routes et d’autoroutes, de barrages, de ports, de chemins de fer d’aéroports et d’énergies renouvelables qui présentent un potentiel considérable pour renforcer le développement économique du pays. Déjà en 2015, le World Economic Forum a classé le Maroc premier pays en Afrique du Nord, troisième en Afrique et sixième dans le monde arabe pour la qualité et le maillage de ses infrastructures.

Parallèlement, le Maroc a accompli des progrès non négligeables dans le domaine de l’éducation. Le pays a généralisé l’enseignement primaire et tend à le faire pour les autres cycles de l’enseignement secondaire collégial et l’enseignement secondaire qualifiant.

Au niveau de l’enseignement supérieur, des efforts continus ont été consentis pour élargir l’accès. Le pays a fait aussi de grands efforts dans le développement d’un système de formation professionnelle, dans le but d’améliorer l’employabilité des jeunes pour faciliter leur insertion dans la vie active.

Avec tous ces efforts, le Maroc a pu améliorer son niveau d’accumulation de capital humain en termes d’ingénieurs, de médecins, d’enseignants, de chercheurs, de spécialistes et professionnels, de cadres et de techniciens.

C’est ainsi que le volontarisme du pays, qui a débuté depuis les années 2000, a permis donc d’accumuler un important capital physique et capital humain. Cependant, en l’absence d’une accumulation parallèle du capital technologique, le pays n’a pas connu une transformation de ses capacités productives lui permettant de tirer profit de son accumulation de capital physique et humain pour accroître sa croissance économique.

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«Le Maroc a accompli des progrès non négligeables dans le domaine de l’éducation. Le pays a généralisé l’enseignement primaire et tend à le faire pour les autres cycles de l’enseignement secondaire collégial et l’enseignement secondaire qualifiant» (Ph. L’Economiste)

En fait, continuer à accumuler du capital humain sans pouvoir l’utiliser ne conduirait qu’à un désinvestissement des individus dans l’éducation et partant une détérioration de la qualité de l’enseignement ou à une fuite continue de la matière grise du pays vers les pays développés qui ne cessent de piller les compétences formées et avec elles des années d’investissement dans le capital humain. De même, continuer à accumuler du capital physique sans développer des capacités productives pour en tirer profit ne conduirait qu’au creusement de ses coûts d’amortissement et, qu'on le veuille ou non, à l’amélioration du rendement de l’investissement étranger dans notre pays.

En fait, le développement des capacités productives se produit principalement à l'intérieur des entreprises productives plutôt qu'au niveau individuel, car il n'y a qu'un nombre limité de capacités productives qui peuvent être développées grâce à des améliorations au niveau individuel. Cependant, en cette ère de libre concurrence sur le marché, les entreprises productives ne peuvent pas soutenir la croissance si elles s'appuient seulement sur des produits bon marché. Elles doivent être capables de remonter la chaîne de valeur vers des biens à plus forte valeur ajoutée sur la base d'une mise à niveau et d'une amélioration continues de l'innovation technologique. Cependant, la création de capacités technologiques doit s'appuyer sur un partenariat public-privé à la fois aux phases préconcurrentielle et concurrentielle de l'innovation.

La vraie leçon des pays appelés «dragons asiatiques» n'est pas seulement le rôle joué par l’Etat dans le développement économique mais plutôt le fait que ces pays ont pu renforcer les capacités des entreprises nationales avec une priorité accordée à la technologie pour améliorer leur productivité. Cela a conduit à un autre aspect central du modèle asiatique qui est la mise à niveau continue au sein des mêmes industries ainsi que la progression des entrées successives dans de nouvelles industries prometteuses.

Maintenir la croissance économique à long terme n'est pas facile. Il existe de nombreux cas de réformes macroéconomiques apportant une reprise immédiate mais sans qu'elle soit durable, et finalement l'économie est confrontée à une autre crise. L'obstacle fondamental au développement durable est à rechercher au niveau du renforcement des capacités locales. En outre, la croissance qui repose sur des taux de salaires plus bas ou sur une simple compétitivité des prix, a tendance à être de courte durée. Le succès des pays asiatiques reposait sur leurs capacités à mettre l'accent sur la R&D interne dans les entreprises privées, poussant le ratio R&D/PIB à des seuils plus élevés.

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«L’investissement étranger devrait apporter non seulement du capital, mais aussi un transfert du savoir-faire, de la technologie et de l’expertise. Ce sont ces ingrédients qui permettent d’améliorer la productivité de l’économie et de soutenir la croissance à long terme» (Ph. L’Economiste)

En outre, les entreprises privées feraient mieux d'être des entreprises nationales et non des filiales sous contrôle étranger des multinationales. Ces dernières se déplacent toujours dans le monde à la recherche de salaires moins chers et de marchés plus importants. C’est pourquoi il faut considérer l'ouverture aux investissements étrangers comme un moyen d'atteindre une fin, plutôt qu'une fin en soi. Et une partie importante de cette fin est une économie forte avec des entreprises nationales plus fortes qui réussissent aux niveaux national et international, plutôt qu'une économie locale dominée par des entreprises étrangères. L’investissement étranger devrait apporter non seulement du capital, mais aussi un transfert du savoir-faire, de la technologie et de l'expertise. Ce sont ces ingrédients qui permettent d’améliorer la productivité de l’économie et de soutenir la croissance à long terme.

Si la productivité de notre économie est faible ce n’est pas parce que le niveau de notre capital humain est faible, mais c’est plutôt parce que notre capacité à organiser les individus en entreprises, innovantes et à haute productivité, qui est faible. D’ailleurs, les pays d’Asie de l’Est n’avaient pas de résultats scolaires exceptionnellement élevés au début de leurs miracles économiques, mais le secret de leur réussite réside dans leurs capacités à acquérir de la technologie dans le cadre d’un processus d'apprentissage et de formation en cours d'emploi (on-the-job training) de leur capital humain. In fine, cela montre que sans une intégration parallèle du capital humain formé dans un processus de production plus technologique, l'enseignement scolaire seul reste insuffisant pour renforcer l'accumulation de capital humain et accroître sa productivité.

Trois facteurs

Les théories et les modèles de croissance économique mettent l’accent sur l’importance de trois principaux facteurs qui sont les sources de la croissance économique: l’accumulation du capital physique, l’accumulation du capital humain et l’accumulation de la technologie.Si le Maroc a fait un grand progrès dans l’accumulation des deux premiers facteurs, en particulier depuis le début des années 2000 suite à ses investissements colossaux dans les infrastructures socioéconomiques et dans la formation de sa population, le manque d’une accumulation concomitante en technologie, pour tirer profit de l’accumulation des deux autres facteurs, a handicapé la croissance économique du pays et l’a freiné pour passer à un sentier plus élevé.

 

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