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Enquête Rekrute.com: Informaticiens, stars du marché de l’emploi, mais…

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:6116 Le 18/10/2021 | Partager
43% ne sont pas en poste, forte inadéquation avec les besoins des employeurs
Les «vrais» talents IT, une denrée rare
Les entreprises locales ne font pas suffisamment d’efforts pour attirer les meilleurs

«Chouchoutez bien vos IT, plus de 1 sur 2 sont débauchés actuellement!» conseille Rekrute.com, à l’occasion de la publication des résultats de sa dernière enquête sur les informaticiens. Ces profils, qui continuent d’être très demandés, à la fois au Maroc et à l’international, sont considérés comme les stars du marché de l’emploi, notamment les plus qualifiés d’entre eux.

Des promotions tout entière d’ingénieurs informatique, sollicitées par des entreprises à l’international, continuent de s’expatrier. Avec la pandémie, beaucoup travaillent pour l’étranger depuis le Maroc. Toutefois, que sait-on réellement de cette population? C’est justement l’objectif de l’enquête Rekrute.com que nous publions en primauté.

L’étude, qui a couvert un échantillon de 582 sondés (fonctions: Informatique/Electronique, Multimédia/Internet et Télécoms/Réseaux), révèle la domination des profils masculins. Presque 78% des informaticiens sont des hommes. Ils sont répartis de manière plutôt équilibrée entre TPE, PME et grandes entreprises. Les postes les plus pourvus en 2021 sont: Ingénieurs étude et développement, responsable informatique et techniciens système (8,8%). Les bac+5 et plus (ingénieurs, doctorat…) arrivent en tête avec une part de 39,5%, suivis des bac+2 (34,9%), généralement des techniciens spécialisés, et des bac+3 (15%), licenciés ou autres. Pratiquement sept sur dix sont passés par une école ou une université marocaine. Le reliquat a soit étudié à l’étranger, soit bénéficié d’une formation partiellement réalisée à l’international ou d’un double diplôme. Ils sont en majorité jeunes. Le quart a moins de 25 ans, plus de la moitié a entre 25 et 35 ans, tandis que 16,5% sont âgés entre 35 et 44 ans. Vu leur âge, il s’agit pour la plupart de juniors. 44,6% possèdent une expérience professionnelle comprise entre zéro et deux ans. Globalement, six sur dix ont travaillé moins de cinq ans.

Paradoxalement, l’enquête révèle une grande part d’informaticiens qui ne sont pas en emploi. Plus de 43% ont déclaré ne pas être en poste. Curieux pour une catégorie qualifiée de «star du marché». «Par expérience, nous savons qu’une partie préfère travailler en freelance», explique le management de Rekrute.com.

Toutefois, une autre réalité rentre en jeu. «Il existe une inadéquation entre les besoins du marché et le profil des diplômés», relève Amine Zniber, directeur régional de Ynov. «Le problème c’est l’ingénierie pédagogique. Les entreprises doivent, chaque année, être parties prenantes à la conception et à la réadaptation des programmes, car les évolutions du secteur sont très rapides», poursuit-il.

L’actualisation des contenus n’est pas aussi fréquente qu’elle le devrait, que ce soit dans le public ou le privé. Zniber évoque, également, la question de la faible maîtrise des soft skills, souvent occultés des cursus. La pénurie des compétences IT sur le marché ne serait donc pas due en premier à leur expatriation massive des dernières années, mais d’abord aux travers du système de formation en place, incapable de livrer suffisamment de lauréats «valables».

Ce sont les meilleurs que les employeurs s’arrachent, et ce sont aussi ceux qui émigrent le plus, à la recherche de conditions plus avantageuses. Et pour cause! Même si les talents sont une denrée rare, les entreprises locales ne déploient que peu d’efforts pour les retenir, comparativement à leurs concurrentes étrangères.

D’après les résultats de l’enquête, plus du tiers (34,5%) touche un salaire net inférieur ou égal à 6.000 DH. Un deuxième bon tiers (37,6%) est rémunéré entre 6.000 et 15.000 DH. Au total, 72%, soit presque les trois quarts, perçoivent une rémunération mensuelle nette inférieure ou égale à 15.000 DH. Une minorité, 11,6%, arrive à décrocher 30.000 DH et plus. Les résultats de l’enquête montrent peu de liens entre le salaire fixe et le nombre d’années d’expérience des informaticiens.

«Un IT ayant travaillé durant 8 ans peut percevoir un salaire net de 4.000 DH/mois, tout comme un informaticien disposant de moins de 6 ans d’expérience peut toucher entre 15.000 et 20.000 DH net/mois», souligne le jobboard. En revanche, le niveau de formation impacte de manière positive le salaire octroyé. Les bac+4 et bac+5 et plus sont les mieux rémunérés de l’échantillon.

«Cela dit, nous trouvons des IT avec bac +5 et plus qui touchent 4.000 DH. Ce qui impacte réellement la rémunération, c’est la fonction et le rôle de l’informaticien au sein de l’organisation où il travaille», nuance le management de Rekrute.com. Donc logiquement, plus le poste est stratégique, plus le revenu s’améliore.

En plus de la partie fixe, quatre informaticiens sur dix touchent un salaire variable, notamment un variable sur objectifs, un 13e/14e mois et un bonus annuel. La majorité (69%) bénéficie d’un variable de moins de 20% de son salaire. Seulement 15% profitent d’un variable dont la part est supérieure à 40%.

Cette année 2021, trois sur dix ont reçu une augmentation. Mais pour les deux tiers, elle n’a pas dépassé les 9%. Globalement, les salaires ne sont pas aussi mirobolants qu’on pourrait l’imaginer pour des compétences aussi recherchées. D’ailleurs, 54,28% des IT ne sont pas satisfaits de leur salaire (contre 64% en 2018).

«Les SS2I marocaines travaillent souvent en offshore, car les salaires marocains sont jusqu’à 3 fois inférieurs à ceux pratiqués en Europe. Nos entreprises se plaignent de la rareté des bons informaticiens, et en même temps, elles ne déploient pas suffisamment d’efforts pour les fidéliser», regrette Zniber. Plus du tiers de l’échantillon de l’enquête exerce d’ailleurs dans l’offshore. 

«Dans notre école, les élèves ingénieurs sont accrochés dès la 2e ou 3e année d’études par des entreprises étrangères. Elles leur offrent des stages, y compris à distance, leur confient des responsabilités, même s’ils ne sont que stagiaires, et les encadrent.

Les étudiants décrochent ensuite un contrat de travail, avec une rémunération de 36.000 euros par an. Nos entreprises doivent vraiment se remettre en question», ajoute le directeur régional d’Ynov. L’école mise aujourd’hui sur la proximité avec les recruteurs.

Un programme de formation alternée école/entreprise a par exemple été lancé avec Atos. La première cohorte est actuellement en 5e année. Au bout de leur parcours, les lauréats sortiront avec pratiquement un statut de senior. Un modèle qui gagnerait à être dupliqué.

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Homme    (78%)

■ Âgé entre 25 et 34 ans    (52%)

■ Bac+5 et plus    (39,5%)

■ Sorti d’une école/ université marocaine    (69%)

■ Maximum 2 ans d’expérience    (44,6%)

■ Touche un salaire inférieur ou égal à 8.000 DH    (45,4%)

 

                                                                     

On se les arrache, même en temps Covid!
(Au cours des 6 derniers mois, avez-vous été approché par une entreprise étrangère?)

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Les recruteurs étrangers se disputent les talents IT. Ils viennent de France, d’Allemagne, des Etats-Unis et même d’Inde. Près de la moitié des informaticiens de l’échantillon ont été chassés durant les 6 derniers mois par des entreprises de l’international. 40% l’ont été entre une et cinq fois. Les bac+5 et plus sont les plus recherchés. Les profils expérimentés sont également privilégiés. Les entreprises marocaines ne ménagent pas d’efforts non plus pour débaucher des informaticiens. Plus de six sur dix ont été appréhendés ces six derniers mois par une société locale, 54% d’entre eux l’ont été une à cinq fois.

                                                                     

Comment les retenir

LE salaire n’est pas forcément la première préoccupation des informaticiens. Les relations avec le management représentent leur principale source de motivation au travail, selon l’enquête. Arrive ensuite l’équilibre vie personnelle/vie professionnelle, suivi des possibilités de formation et des perspectives d’évolution professionnelle. Ce sont donc leurs conditions de travail et leur évolution de carrière qui les préoccupent le plus (en 2018 le salaire variable se plaçait en 3e position). «En France, des SS2I de 300 à 400 ingénieurs aménagent de véritables salles de jeu pour leurs informaticiens. Elles mobilisent aussi des responsables du bonheur chargés de leur bien-être. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une génération jeune avec une nouvelle perception du monde professionnel, qui travaille par livrable et qui a besoin qu’on lui fasse confiance», relève Amine Zniber. Les IT marocains sondés attribuent une note moyenne de 6,4 à leur bien-être au travail. Seuls 31,5% se disent très motivés par leur job.

Ahlam NAZIH

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