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Exploitation du cannabis: Le plan formation déployé

Par Ali ABJIOU | Edition N°:6117 Le 19/10/2021 | Partager
«Kif Takwin», des modules dédiés aux cultivateurs en cours de préparation
Objectif: exploiter au mieux les potentialités du cannabis
Poser les jalons d’une industrie et rattraper le retard face aux autres pays
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Pour le professeur Redouane Rabii, l’accompagnement des cultivateurs du nord est une nécessité pour mieux les intégrer dans la filière de l’exploitation du cannabis (Ph. R.R)

La légalisation du cannabis annonce une révolution dans la manière d’appréhender cette plante qui a changé de statut en l’espace de quelques mois. Plante magique, ses applications sont nombreuses et variées, allant de l’industrie aux cosmétiques en passant bien sûr par la médecine. Le point avec Redouane Rabii, professeur et urologue, et président de l’Association marocaine consultative d’utilisation du cannabis (AMCUC).

- L’Economiste: Quelles sont les implications de la légalisation du cannabis pour le Maroc?
- Pr. Redouane Rabii:
Après la promulgation de la loi 13-21 réglementant l’usage du cannabis, de nouvelles perspectives s’ouvrent pour le pays. C’est le cas dans les domaines médical et industriel, l’agroalimentaire, les cosmétiques, et bien d’autres. Tous ces secteurs et bien d’autres pourront profiter de cette légalisation qui permettra de doper le PIB. Cela a été relevé dans les pays qui sont en avance sur le Maroc en matière de légalisation du cannabis comme le Canada et les USA.
 
- En médecine, on attend beaucoup de cette plante. Quelles seront les retombées thérapeutiques?
 - Elles sont nombreuses et variées. En cancérologie, par exemple, on utilise des molécules dérivées issues de la plante du chanvre, les cannabinoïdes. Leur utilisation offre des avantages indéniables lors du traitement du cancer métastatique de la prostate, l’un des plus fréquents chez l’homme. Dans ce type d’affection, on se trouve confronté à des métastases et aux douleurs qui les accompagnent qui sont mieux gérés avec les cannabinoïdes comparés aux traitements traditionnels, mêmes morphiniques. Avec les molécules issues du cannabis, comme le CBD et ses dérivés on peut arriver à soulager ces douleurs. C’est le cas aussi d’autres affections et troubles comme celui du sommeil, de l’autisme, le glaucome de l’œil, entre autres pathologies où les recherches sont en train d’avancer grâce aux molécules contenues dans le chanvre indien avec des résultats très prometteurs. Et là, l’impact pour le Maroc sera très important.

- Et au niveau industriel?
- Le chanvre est une plante miraculeuse, tout ou presque y est exploitable et ses applications sont aussi nombreuses que variées. On peut citer le bâtiment, l’isolation, et même le secteur automobile. A titre d’exemple, il est intéressant de savoir que 20% des pièces utilisées par les constructeurs comme BMW ou encore Renault, contiennent des éléments issus de cette plante. Dans les cosmétiques aussi, il y a des shampoings, des savons, des crèmes et même des massages basés sur le chanvre, une niche prometteuse sur laquelle le Maroc pourrait se lancer.
D’ou l’intérêt de la recherche de faire des études bien canalisées et structurées pour encadrer l’utilisation du cannabis dans ces différents domaines.
 
- A quel niveau se trouve-t-on actuellement au Maroc en matière de recherche?
- Le décret concernant la recherche clinique sur le cannabis est en place depuis deux ans déjà, des dizaines de projets de recherche sur cette plante sont déjà en cours au sein de plusieurs universités au Maroc parmi les plus réputées.
Et lors des années qui suivent nous allons commencer à récolter les fruits de cette recherche qui sera d’un grand bénéfice pour le pays et ses scientifiques.
 
- Comment risque de réagir la société face à une culture qui est passée du statut de l’interdiction à celui de la légalité?
- Il faut faire la part entre les composantes du cannabis, le récréatif  et le non-récréatif.
Nous avons déjà fait une étude sur un panel de 600 personnes au niveau de la région de Casablanca et nous avons constaté qu’une écrasante majorité était d’accord pour l’utilisation médicale et récréative du cannabis.
Au niveau économique, la légalisation du cannabis est un atout pour les populations du Rif. Lors de nos contacts avec les cultivateurs, nous avons constaté qu’ils ont applaudi les actions entreprises pour la légalisation du cannabis, car cette évolution est un atout pour eux, tant sur le plan social que financier.

- Quel accompagnement sera mis en place pour les cultivateurs?
- Nous avons en projet le lancement de formations du type «Kif Takwin». Elles ont été lancées en partenariat avec plusieurs universités dont celle de Benguerir et la CGEM. L’objectif est d’intégrer les cultivateurs de cannabis et leurs familles dans un projet de mise à niveau personnelle (alphabétisation dans une première phase) avant de les lancer dans des formations plus poussées de gestion ou industrielles afin d’être aptes à participer dans ces projets d’exploitation du cannabis. Cela leur ouvrira les portes des universités et des centres de formation pour eux et leur famille.
L’objectif est de leur permettre d’être les acteurs de la modernisation des techniques de culture pour optimiser la production à l’égard des autres pays comme le Canada et les Etats-Unis.

Acceptation

Selon le Pr. Redouane Rabii, la société marocaine est disposée à accepter sans problème le changement du statut du cannabis. D’après une récente étude réalisée par l’AMCUC, auprès d’un échantillon de 600 personnes, le nouveau rôle du cannabis est bien accepté par la société. En effet, 86,4% des personnes interrogées sont favorables à l’usage médical du cannabis, et 62,1% pensent que le Maroc dispose de la capacité industrielle pour valoriser cette plante. Enfin 87,4% estiment que les agriculteurs bénéficieront des potentiels de développement économique et social résultant de la légalisation de cette culture.

Propos recueillis par Ali ABJIOU

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