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Port de Casablanca: A quand une entrée pour les colis «hors gabarit»?

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:6120 Le 25/10/2021 | Partager
Pour permettre le passage de son chargement, Prominox a dû élargir la porte à ses frais
L’entreprise doit-elle assumer la mise à niveau des infrastructures?

Une affaire qui a tout l’air d’un roman à multiples rebondissements. Après d’interminables et laborieuses tractations, le convoi de camions transportant trois engins «hors gabarit» pour le compte de Prominox a enfin pu accéder à l’enceinte du port de Casablanca, mardi 19 octobre.

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En raison de l’étroitesse de la porte, Prominox a dû procéder à la démolition d’une partie du mur au terme d’interminables tractations qui ont duré plusieurs jours (Ph. T.A.)

Mais pour cela, il a fallu démolir une partie du portail du port car la dimension des tours était plus large d’un mètre. Les exportateurs devraient s’estimer heureux car il n’y a pas longtemps, cette même porte ne mesurait que 6 m. (Cf. L’Economiste n°6116 du 18/10/2021).

Ce n’est qu’au prix d’insistantes requêtes et relances des usagers qu’elle a dû être élargie à 9m. Insuffisant puisque les opérateurs s’attendaient à ce que la largeur soit portée à 12 m pour parer à toute éventualité.

Il se trouve que cette éventualité est survenue le weekend du 16 au 17 octobre avec l’affaire des tours que Prominox s’apprêtait à exporter en Arabie saoudite où elles étaient attendues par Maaden, géant saoudien de l’acide sulfurique.

Sachant à l’avance que son chargement ne pouvait accéder au port, la société Prominox a proposé à l’ANP (Agence nationale des ports) d’élargir à ses frais la porte parce qu’elle est engagée dans un programme de livraison d’autres équipements de dimensions dépassant la largeur de la porte d’entrée.

Le courrier est resté lettre morte. Ce qui n’a pas découragé le management de la société de métallurgie qui est tenue par des délais, d’autant que le bateau devant acheminer les tours vers la presqu’île arabique était déjà en rade dans l’attente de sa cargaison. Les difficultés d’acheminement des tours ont commencé avec le détour par Mohammedia pour emprunter la route côtière alors que l’usine de Prominox est localisée à Sidi Bernoussi.

Le trajet était particulièrement éprouvant d’abord à cause de la nature du chargement qui nécessite de rouler à une vitesse très basse pour éviter tout accident. Ce qui explique que le convoi ait mis 48 heures dont 20 heures uniquement pour parcourir la distance entre Mohammedia et le port de Casablanca.

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La porte n°6 du port de Casablanca après son élargissement et avant sa restauration (Ph. T.A.)

Arrivés dans la nuit du dimanche 17 à lundi 18 octobre, les trois poids lourds ont dû attendre de longues heures devant le port, gênant au passage la circulation. Le directeur général de la société a dû se démener pour débloquer la situation, frappant à toutes les portes. La seule solution réaliste et réalisable rapidement était de procéder à la démolition d’une partie de la porte d’entrée.

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La porte du port reconstruite par Prominox. Le nouveau défi sera maintenant de récupérer la caution bancaire de 60.000 DH remise en garantie de la reconstruction de la porte (Ph. Fadwa Alnasser)

Plus facile à dire qu’à faire. En effet, il fallait d’abord obtenir le feu vert des autorités portuaires pour procéder aux travaux nécessaires. Après moult démarches, l’autorisation a été accordée à la société Prominox moyennant une caution bancaire de 60.000 DH en guise de garantie que la porte sera restaurée après le passage des camions.

La société Prominox a donc fait appel à un prestataire de services qui a démoli une partie du mur de l’entrée pour permettre aux camions d’accéder enfin à l’enceinte portuaire à 4 h. Mais, en raison de la fête du Mawlid, les tours ne pouvaient être embarquées que le lendemain, mercredi 20 octobre, par Marsa Maroc.

«J’ai lancé la fabrication d’un portail en acier amovible pour les prochaines fois», déclare à L’Economiste Tarik Aitri, directeur général de la société de métallurgie. Cette dernière doit livrer d’autres sociétés d’ici 2022. Les tours n’ont finalement pu être embarquées que dans la soirée du jeudi 21 octobre, vers 22 h.

Un audit des ports  s’impose

Plusieurs enseignements sont à tirer de l’affaire des tours de Prominox. D’abord, que le Maroc est devenu capable de construire et d’exporter des équipements à fort contenu en technologie. «Les tours au cœur de ce chapitre kafkaïen étaient habituellement commandées par l’Arabie saoudite en Australie. Le fait qu’une société marocaine décroche le marché est une preuve que les industriels marocains sont capables de grandes prouesses technologiques», explique le patron d’un chantier naval. Le principal souci du management de Prominox était d’ailleurs de ne pas pouvoir livrer ces équipements dans les délais. Ce qui lui aurait valu de perdre la confiance des donneurs d’ordre et d’autres commandes.
Le deuxième enseignement est qu’il reste encore beaucoup de résistances bureaucratiques bloquant les exportations et qu’il va falloir aplanir. L’autre leçon qui s’impose est que le ministère de tutelle devra rapidement procéder à un audit global des ports, à l’exception de ceux de TangerMed et Jorf Lasfar, pour déterminer s’ils ne nécessitent pas une mise à niveau en termes d’infrastructures, d’équipements et de services pour être vraiment aux normes internationales.

Hassan EL ARIF

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