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Emploi des femmes: Gagner 10 points d’activité perdus en 20 ans, sacré défi!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:6120 Le 25/10/2021 | Partager
Le gouvernement Akhannouch s’engage, mais comment y arriver?
Une baisse structurelle depuis 1999, faisant passer le taux de 30,4% à 19,9%
A peine 2 Marocaines sur 10 aujourd’hui sur le marché du travail

Avec 80% de femmes inactives, le Maroc marche sur un seul pied! A fin 2020, à peine 19,9% des marocaines en âge de travailler étaient actives (en emploi ou en train d’en chercher un). Le pourcentage ne cesse de reculer d’année en année.

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Plus le niveau de qualification augmente, plus les femmes en âge de travailler ont de chances de se retrouver sur le marché de l’emploi. Il existe donc une corrélation positive entre l’activité des femmes et le diplôme. Toutefois, les plus diplômées sont celles qui ont le plus perdu en activité sur les vingt dernières années. Le taux d’activité des lauréates de l’enseignement supérieur a baissé de 17,7 points depuis 2000, contre 9,1 point pour les détentrices d’un diplôme de niveau moyen et les sans diplôme

Depuis 1999, il a perdu 10,5 points. Le gouvernement Akhannouch entend faire monter le taux à 30%, soit au même niveau que 1999. Il fait de cet objectif l’un des dix grands engagements de son mandat, sans toutefois préciser d’échéancier. Cependant, comment inverser cette tendance structurelle à la baisse, qui se poursuit depuis plus de vingt ans?

Du temps du gouvernement Benkirane II (2013-2017), la stratégie nationale de l’emploi dévoilée fin 2015 s’était fixée comme ambition de doubler le taux d’activité des femmes à l’horizon 2025, le faisant ainsi passer de 24,8% à au moins 49% à terme. Sauf qu’au lieu de se redresser, le pourcentage continue de plonger. De 1999 à aujourd’hui, il perd en moyenne un demi-point par an. Moins de 2 femmes sur dix sont actuellement actives, contre 70,4% des hommes. Le gap entre les deux genres est vertigineux, soit plus de 50 points. 

Le nouvel exécutif ne fournit pas encore le détail des mesures qui seront activées. Dans son premier discours au parlement, le chef du gouvernement avait insisté sur l’engagement de son équipe à soutenir l’activité économique des femmes. Deux actions clés ont été relevées: le financement de projets de développement de l’offre nationale de crèches, et la promotion du transport du personnel en faveur des travailleuses. Mais est-ce suffisant?

«La vision est axée sur la garde des enfants, ce qui est très bien car il s’agit d’un grand problème et nous avons besoin d’une vision institutionnelle sur cet aspect. Toutefois, quid des entreprises? La problématique est tripartite et tout un écosystème pour favoriser l’activité des femmes doit être bâti», estime Doha Sahraoui, enseignante-chercheuse à l’université de Marrakech, experte en genre et diversité, vice-présidente de l’Institut marocain de l’audit social. Gouvernement, patronat et société civile devraient associer leurs efforts pour changer la donne.   

30%, un taux réaliste mais difficilement réalisable

«L’objectif des 30% de taux d’activité des femmes n’est pas hasardeux, il est étudié. Dans tout ce qui est égalité femmes/hommes, c’est un chiffre clé. Il représente la masse critique minimum pour inverser les tendances de discrimination. Même dans les comités de direction, l’on parle toujours du seuil de 30%», souligne Doha Sahraoui. En effet, dans certains pays, ce quota est même inscrit dans la législation. En Suisse, par exemple, les sociétés cotées (de plus de 250 salariés) sont contraintes d’intégrer 30% de femmes dans leur conseil d’administration (20% dans les postes de direction). Une étude de référence en management (Kanter 1977) avait traité de cette représentativité minimum.

«En dessous de 30%, nous parlons d’une présence alibi, puisque une sur dix ne prendra pas la parole, et deux sur dix seront marginalisées et stigmatisées. Par contre, à partir de trois sur dix, elles commenceront à prendre la parole et influer sur le cours des choses. Le même phénomène se produit sur le marché du travail.

En dessous de 30%, les femmes, minoritaires, subiront beaucoup plus les mécanismes de stigmatisation, de stéréotypes et de discrimination, ce qui ne favorisera pas l’augmentation de leur taux d’activité», explique l’enseignante-chercheuse. Le taux est donc bien réaliste, néanmoins est-il réalisable dans les conditions actuelles? «Il est réalisable, mais difficilement accessible. D’abord, parce que nous sommes sur une tendance baissière. Ensuite, la phase avant les 30% est la plus laborieuse, c’est là où il faut fournir le maximum d’efforts pour avancer. Au-delà, la progression devient plus ou moins naturelle», pense Doha Sahraoui. 

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Si le diplôme agit favorablement sur l’activité, le mariage, lui, produit l’effet inverse. Seulement 17% des femmes mariées sont sur le marché du travail. D’ailleurs, près des trois quarts des inactives sont femmes au foyer. Chez les hommes, le premier statut des inactifs est «étudiant»

La présence des femmes sur le marché du travail ne se décrète pas. Au-delà des transformations structurelles de l’économie à opérer afin de dynamiser l’emploi et la création de valeur, de nombreux obstacles doivent être levés. Crèches, sécurité des transports, protection des droits sociaux, accès au financement, lutte contre les discriminations… Il est nécessaire d’agir sur plusieurs leviers. Sur le marché de l’emploi, les femmes sont pour le moins malmenées. Faiblement qualifiées, elles restent confinées dans de «petits métiers».

La moitié sont aides familiales, le tiers est formé de salariées et 16,5% sont travailleuses indépendantes. Quatre sur dix exercent sans être rémunérées. En entreprise, elles accèdent difficilement aux postes de responsabilité. Elles subissent également de fortes inégalités. Selon l’enquête L’Economiste-Sunergia sur le salaire des cadres 2021 (voir L’Economiste N°:5908 du 18 décembre 2020), les femmes cadres touchent un salaire net moyen inférieur de 44,7% à celui de leurs homologues masculins.

L’inclusion économique des marocaines pourrait être très rentable. Le manque à gagner est de près de 35% du PIB selon les estimations du FMI. Selon la Banque mondiale, augmenter le taux d’activité des femmes dans la région MENA permettrait d’apporter 2,7 billions de dollars supplémentaires d’ici 2025.

Ahlam NAZIH

 

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