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Défis et espérances à l’horizon 2035 (Première partie)

Par M’Fadel EL HALAISSI | Edition N°:6140 Le 23/11/2021 | Partager

M’Fadel El Halaissi est directeur général délégué de Bank of Africa

Jamais dans l’histoire de l’humanité, la civilisation humaine n’a connu de telles évolutions que celles engagées au cours du dernier siècle, et jamais l’Homme n’a autant produit et consommé ce qu’il a transformé qu’au cours des deux à trois dernières décennies! Cette spirale à croissance géométrique se poursuit allègrement sans que l’Homme ne puisse l’arrêter ni même atténuer son rythme d’évolution exponentielle.

On a l’impression que cette évolution collective de la civilisation humaine est hors contrôle de l’Homme, alors qu’il est individuellement au cœur de la manœuvre, et qu’il est l’artisan de toutes les transformations de quelque nature que ce soit (économique, sociale, environnementale, etc.).

Face à cette accélération du rythme de l’évolution des modes de vie des sociétés humaines, plusieurs nouveaux défis se dressent de plus en plus avec acuité, et, de plus en plus alarmants quant au devenir de l’Homme sur notre planète Terre! Des défis écologiques et environnementaux, des défis de ressources naturelles, des défis sociaux, des défis de modèles de civilisations humaines!
Ces défis ne sont certes pas insurmontables pour l’Homme. Celui-ci a toujours excellé dans la recherche de solutions à travers les innovations technologiques et conceptuelles de la vie en société dès qu’il est mis sous pression.
Le genre humain devient très créatif quand il sent et prend conscience des menaces qui le guettent.

C’est cette caractéristique singulière de l’Homme qui nous donne de l’optimisme pour dire qu’il pourra relever tous ces défis. L’instinct de défense et de survie crée un pouvoir miraculeux chez l’Homme par la constante mise en éveil de son intelligence dans la recherche de solutions aux défis qui l’affrontent quelle que soit la durée du temps nécessaire pour y aboutir.
Ainsi, une inspiration de prévision à l’horizon de l’année 2035, soit sur une décennie et demie, est à la fois une durée courte et longue.

Longue, au regard de la vitesse de l’évolution à effets multiplicateurs des modes de vie de toutes les sociétés de ce monde. Avant, les transformations étaient plus localisées, se propageaient à un rythme moins soutenu, aujourd’hui, elles touchent la majeure partie du monde avec un rythme de plus en plus accéléré. Courte, comparée à la période du siècle qui s’achève, 1935-2035, et même à celle de la genèse de la révolution industrielle du XIXe siècle, placée sur le segment de l’histoire de la civilisation humaine.
Néanmoins, l’exercice voudrait la description de ce que nous inspire une date future, disons à l’horizon 2035!

Aussi, on ne peut pas occulter les grands défis auxquels l’Humanité est actuellement affrontée, et auxquels elle le sera davantage demain et après-demain. L’impact de ces défis transversaux à l’échelle humaine sera déterminant, directement ou indirectement, sur la vie quotidienne de tout un chacun sur cette planète.

Personne ne pourra admettre qu’il est toujours possible de vivre dans un ilot de richesse au sein d’un océan de pauvreté, ni croire qu’un accident de style Tchernobyl ne touchera que la localité environnante. Les retombées radioactives ne reconnaissent pas les frontières, et n’ont guère besoin de visa pour pénétrer un espace aérien d’autres pays. Le monde est unique, globalisé environnementalement, sociétalement et économiquement.
Ce premier postulat de notre ère sera une réalité et une certitude à l’horizon 2035. Les grands défis à relever sont:

A- La population mondiale

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Aujourd’hui, la population mondiale s’élève à 7,8 milliards d’humains, et atteindra 8,5 milliards en l’an 2035. Cette population est inégalement répartie sur la planète d’une part, et d’autre part, elle se caractérise par une grande dispersion de l’indice de fécondité.
Cette évolution pose des problèmes socioéconomiques liés au vieillissement de la population dans certaines régions (les plus riches) et un surpeuplement dans d’autres.
Cette problématique est exacerbée par l’implosion des tensions migratoires dues aux guerres, aux conséquences climatiques, aux fuites des systèmes dictatoriaux, et inévitablement, à la montée en puissance chez les pays nantis de rejets épidermiques des flux migratoires.
Enfin, sans sombrer dans un pessimisme malthusien, la population mondiale a besoin d’être nourrie convenablement (sans parler des poches de famine caractérisant encore certaines régions du monde) tout en sauvegardant l’empreinte écologique totale de la croissance démographique.
La population est certes une richesse en soi quand elle est productive, mais devient charge pour l’humanité quand elle participe à réduire la bio-capacité disponible par tête.

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Ainsi, à titre d’exemple, en 2012 l’empreinte écologique de l’humanité était estimée à 20 milliards d’hectares globaux (hag), soit une moyenne de 2,8 hag par personne, alors que la bio-capacité de la terre se limitait à 12,2 milliards d’hag. Ceci implique une surexploitation écologique de plus de 60%.
Il est certain que les améliorations apportées par les nouvelles technologies agricoles par l’augmentation des rendements moyens à l’hectare atténuent ce risque de surexploitation des terres cultivées. Mais, il n’en demeure pas moins que l’augmentation de la population humaine (environ 90 millions par an) et la surconsommation des pays riches, affaiblissent sensiblement ses impacts positifs.

B- Le défi énergétique

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La consommation de l’énergie globale de l’humanité augmente de manière régulière. Celle-ci a enregistré un taux de croissance de 1,33% en 2019, soit une énergie finale consommée dans le monde de 418 exajoule (1 EJ = 1018 J), alors qu’elle n’était qu’à 194 Exajoule en 1973!
Le taux moyen de la croissance de la consommation énergétique s’élève à 4,5% par an. La production mondiale de l’énergie selon les études de BP s’élevait à 556,6 EJ en 2020. Cette production est ventilée par catégorie d’énergie comme suit:
- Pétrole: 31,2%
- Charbon: 24,7%
- Gaz naturel: 24,7%
- Nucléaire: 4,3%
- Énergies renouvelables:
12,6%, dont:
• Hydro-électricité: 6,9%
• Éolien: 2,5%
• Solaire: 1,4%
• Biomasse-géothermie: 1,1%
• Agro-carburant: 0,7%

Les besoins en énergie de l’humanité sont en constante augmentation due à la croissance de la population en valeur absolue, mais surtout au changement de mode de vie d’une large population mondiale. En dépit des grandes mutations constatées tout au long des dernières décennies en matière de diversification et d’amélioration dans la production énergétique, la problématique demeure entière à l’heure. La complexité de cette problématique est qu’elle est à multiples variantes, quantitatives d’abord, qualitatives ensuite, et enfin environnementales.

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L’optimisation de la production énergétique cherchant à satisfaire convenablement toutes les variantes est difficilement atteignable tant que la demande croît au rythme actuel. Le changement de mode de consommation, voire de modèle de société, est probablement l’une des options pour limiter cette inexorable croissance de la consommation, mais demeure difficile à appliquer et demandera un long délai dans sa mise en œuvre!

Enfin, les réserves mondiales prouvées d’énergie fossile ont été estimées par BP et l’association nucléaire mondiale à 1.014 milliards de tonnes équivalent pétrole. Au rythme de la production actuelle, ces réserves couvriront 84 ans de besoins en moyenne, toutes catégories confondues (53 ans pour le pétrole).
Ainsi, l’équation énergétique est complexe, une consommation qui augmente, des besoins qui évoluent avec l’évolution du mode de vie, des ressources rares et épuisables, et une contrainte écologique qui s’impose avec acuité pour la survie de la terre, fait que sa solution devient urgente!

                                                               

■ Le défi de l’eau

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Les plus grandes civilisations se sont développées aux pourtours de l’eau. Les gisements d’eau ont toujours attitré l’Homme pour y prospérer et se construire en communauté, sociétés et civilisations.
Aujourd’hui encore, l’eau reste une ressource très convoitée, et attise les tensions entre des pays qui partagent le même fleuve dont les enjeux géopolitiques peuvent conduire au déclenchement de guerres.
Paradoxalement, l’eau de mer recouvre 71% de la surface de la terre à travers les océans, en revanche l’eau douce a toujours été une ressource rare qui ne représente que 2,5% de l’eau sur terre (97,5% en eau de mer).
En outre, cette eau douce si rare est inégalement répartie ou inaccessible. En effet, 70% des réserves d’eau douce sur terre est retenue sous forme de neige ou de glaciers, 29,5% en eaux souterraines, et seulement 0,5% en eaux de surface.
La consommation mondiale d’eau a doublé en 40 ans, ce qui laisse présager des risques de pénurie, aggravé par les effets de pollution induits par les rejets industriels. Cette consommation est attribuée à hauteur de 70% pour l’agriculture, 20% pour l’industrie et seulement 10% pour les ménages.Cependant, la consommation de l’eau est très inégalitaire à travers le monde, à titre d’exemple, un habitant des États-Unis d’Amérique consomme 300 litres par jour, celui d’Europe 200 litres par jour, alors qu’un habitant des pays en voie de développement n’en consomme qu’une dizaine de litres par jour!
Ainsi, cette double inégalité dans la répartition naturelle des gisements d’eau et de sa consommation à travers le monde, justifie que l’eau soit qualifiée d’or bleu. Déjà aujourd’hui, 40% de la population mondiale souffre de pénurie d’eau, et 2,4 milliards de personnes ne disposent pas de système d’assainissement de base. C’est dire que l’enjeu de l’eau est un véritable défi que l’humanité doit affronter avec des lourdes conséquences sur la santé, voire la vie.

  Demain, 2e partie 

 

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