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«L’accord du 26 avril 2011 est obsolète!»

Par L'Economiste | Edition N°:4191 Le 13/01/2014 | Partager
La balle est dans le camp du gouvernement, selon l’UMT
Les relations avec la CGEM sont au beau fixe

Miloud Moukharik, SG de l’UMT: «Malgré tout, nous restons sereins. Mais si l’on nous pousse à la protestation générale, nous n’hésiterons pas une seule seconde»

- L’Economiste: Comment le dialogue social est-il arrivé au point mort?
- Miloud Moukharik: L’UMT a toujours été dans une démarche constructive. Lorsque notre délégation a été reçue par le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, à sa nomination, nous lui avons signifié notre volonté de construire des relations professionnelles basées sur le dialogue, la concertation et la négociation. Nous lui avons même proposé la procédure à adopter pour le dialogue social. Il a été convenu de tenir au moins 2 réunions par an. Une au mois d’avril, comme le veut la tradition, afin de pouvoir annoncer de nouvelles mesures pour le 1er mai. Ainsi qu’une deuxième avant l’élaboration de la loi de Finances, vers septembre ou octobre. Cet accord a été consigné par PV, mais le gouvernement a failli à son engagement. Les rares réunions que nous avons tenues étaient vides de sens, alors que la scène sociale est marquée par de vives tensions. Lorsque la Comarit a licencié 1.400 salariés, ou encore quand la Régie du transport de Fès, qui est sous la tutelle de l’Etat, a procédé au licenciement de 520 salariés parce qu’ils ont constitué un bureau syndical UMT, le gouvernement n’est pas intervenu. A l’heure où je vous parle, neuf camarades sont incarcérés pour avoir demandé leurs droits.
- Pourtant le gouvernement dit que le contact n’a jamais été rompu…
- Dans l’action syndicale, le contact ne suffit pas. Les salariés, tous secteurs confondus, n’ont pas besoin de ces contacts, ils attendent surtout des mesures pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Ce genre de dialogue, l’UMT le refuse. Les échanges de correspondances ou de mots de bienséance, ce n’est pas notre raison d’être.
- Les syndicats n’ont-ils pas eux aussi une part de responsabilité dans cette situation?
- Non, c’est le gouvernement qui est responsable du gel du dialogue social. Avec le gouvernement de Driss Jettou, nous avons obtenu de grandes avancées pour le monde du travail et les salariés. C’est durant son mandat que le code du travail, le plus grand document de l’histoire sociale du Maroc, mis en attente pendant 25 ans, a pu voir le jour. Et cela, grâce au dialogue avec le gouvernement et la CGEM. C’est aussi le cas pour l’AMO, une revendication de l’UMT que nous considérons comme une révolution sociale pour le pays. Avec le gouvernement El Fassi, nous avons pu parapher un grand accord, celui d’avril 2011 qui a participé à l’amélioration de la situation des salariés. Il ne faut pas oublier que l’indemnité pour perte d’emploi, c’était une proposition de l’UMT, acceptée par l’équipe El Fassi. La responsabilité incombe donc au gouvernement actuel, qui ne fait pas preuve de volonté politique pour construire un vrai dialogue social. Il pense qu’il peut tout faire, et tout seul. Or, ce n’et pas possible.
- En vous tenant à l’écart, ne risquez-vous pas de creuser le fossé avec le gouvernement?
 - L’UMT a vu défiler de nombreux gouvernements. Si l’exécutif persiste dans son comportement hostile au mouvement syndical, et bien, ce dernier a aussi ses moyens de lutte et de protestation. Jusqu’à présent, la direction de l’UMT a été d’une grande sagesse et a pris les intérêts suprêmes du gouvernement en considération. Malgré tout, nous restons sereins. Mais si l’on nous pousse à la protestation générale, nous n’hésiterons pas une seule seconde.
- Le ministère de l’Emploi estime le taux de réalisation des engagements d’avril 2011 à 70%. Quelle lecture en faites-vous?
 - Ce n’est pas l’actuel gouvernement qui a mis en application l’accord du 26 avril 2011. Plusieurs points restent, cela dit, en suspens. Avancer ce taux de 70%, c’est une analyse erronée, car il ne s’agit pas d’une démarche quantitative. Par ailleurs, l’accord du 26 avril a été élaboré et paraphé dans un contexte particulier. Or, depuis, il y a eu une augmentation vertigineuse du coût de la vie, un effritement du pouvoir d’achat,... Pour nous, le moment est venu de négocier un autre accord qui va au-delà de celui du 26 avril. Lorsque le gouvernement a procédé à des augmentations dans les prix des produits de première nécessité, l’accord est devenu obsolète.   
- Qu’en est-il des relations avec la CGEM?
- Avec le patronat, nous avons senti une réelle volonté de faire avancer la législation sociale. Nous entretenons une bonne relation de dialogue et de concertation avec la présidente Miriem Bensalah ainsi qu’avec le président de la commission sociale, Jamal Belahrach. Nous avons signé ensemble une grande charte sociale baptisée «Pour un travail décent et une compétitivité durable». Son contenu, nous le mettons en œuvre, notamment en ce qui concerne la médiation sociale, la prévention des conflits et la conclusion de conventions collectives sectorielles.
 - Comment relancer le processus?
 - Le gouvernement doit réviser sa copie en matière de dialogue social. L’UMT, de son côté, a toujours été dans une logique constructive. En 2003, notre syndicat a été le premier à alerter les pouvoirs publics sur les risques qui planaient sur les caisses de retraite et notamment la CMR. Grâce au dialogue entamé avec le gouvernement Jettou, nous avons sauvé la caisse pour 10 ans, à travers l’augmentation des cotisations de 7 à 10%, ainsi que la mise en place d’une commission nationale de réforme de la retraite. Nous avons aussi été les premiers à alerter l’Etat employeur quant à ses arriérés impayés depuis 1960 à la Caisse. Le principal de ces arriérés était estimé à 11 milliards de DH. Le gouvernement ne peut pas légiférer sans prendre en considération nos propositions.

Où va l’argent des cotisants à la CMR?

«Nous sommes pour la réforme de la CMR, mais pourquoi faire payer les frais de la faillite de la Caisse aux fonctionnaires? Ce n’est pas de leur faute, ces derniers se sont toujours acquittés de leur cotisation puisqu’elle est prélevée à la source», relève Miloud Moukharik. L’UMT ne voit pas d’un bon œil les mesures proposées par le gouvernement Benkirane pour venir au secours de la CMR, et qu’elle qualifie de «réformettes». Faire reculer l’âge de la retraite à 62 ans, par exemple, ne va, selon le syndicat, que retarder le problème de 2 ans. Par ailleurs, offrir des pensions calculées sur la base des 10 dernières années d’activité risque de réduire le montant des retraites de 40%, d’après les calculs réalisés par les actuaires de l’UMT. Inacceptable pour la centrale syndicale. «Le gouvernement, tout comme l’UMT, a le devoir moral de protéger le pouvoir d’achat des salariés. Le gouvernement doit comprendre que les fonctionnaires ont le droit de bénéficier des fruits de leur épargne», insiste Moukharik. Le syndicat demande aussi des comptes sur la gestion des fonds épargnés par les fonctionnaires. Aucune information ne filtre sur les placements réalisés. «Obéissent-ils aux règles de bonne gouvernance, à savoir la sécurité et la rentabilité? Et puis, pourquoi n’y a-t-il jamais eu d’investissements pour le bien-être des cotisants, à  travers la construction de maisons des retraités, de maternités, crèches, etc., comme cela se fait ailleurs dans le monde», demande Moukharik.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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