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Défaillances d’entreprises
Où se situent les zones de vulnérabilité

Par L'Economiste | Edition N°:4439 Le 13/01/2015 | Partager
Délais de paiement, investissement public, BTP, consommation…
La décompensation peut entraîner des influences négatives sur la consommation

Pour Hicham Bensaid Alaoui, directeur des engagements chez Euler Hermès, «la décompensation des hydrocarbures est à même d’exercer une influence mécanique négative sur la consommation des ménages

- L’Economiste: Quelles sont les principales défaillances relevées dans l’économie marocaine? 
- Hicham Bensaid Alaoui:
Il y a deux sources majeures de défaillances relevées dans l’économie marocaine. D’un côté, des éléments structurels, notamment dans quelques secteurs en particulier (résilience de l’informel, manque de structuration de certaines entreprises, retards pris dans la recherche et le renouvellement de l’outil de production…), qui constituent des freins au développement.  Ces aspects concourent à hypothéquer assez sérieusement une bonne partie des chances futures de réussite. De l’autre côté, il y a des facteurs conjoncturels plus ou moins ponctuels (situation économique mondiale, crise en Russie, risque et menace terroriste…). Ces facteurs sont également parmi les sources potentielles de défaillances, particulièrement si l’on considère la forte intégration du Maroc dans l’économie mondialisée. Ce qui rend son économie plus sensible aux perturbations internationales. L’ensemble de ces causes concourt notamment à un resserrement des liquidités sur le marché marocain. D’ailleurs, ce resserrement est nettement perceptible à travers le rallongement des délais de paiement entre entreprises.

- Délais de paiement, effets décompensation, consommation des ménages, investissements publics… Quelles sont les prévisions pour 2015?
- Tous les éléments que vous évoquez sont intimement liés. La décompensation, parmi d’autres facteurs, est à même d’exercer une influence mécanique négative sur la consommation des ménages. Bien évidemment, une compression de la demande privée impliquerait quasiment une baisse des liquidités en circulation, et, par voie de conséquences, un allongement des délais de paiement et une contraction des investissements publics. Or, plus de retard dans les délais de paiement, couplé à son corollaire qu’est la hausse des risques de défaillances d’entreprises, sont à même d’avoir des implications négatives sur l’économie marocaine en 2015, que ce soit directement, à travers la réduction ou l’ajournement de décisions stratégiques d’investissement ou de recrutement par exemple. Ou encore indirectement, à travers des attitudes plus prudentielles de la part des bailleurs de fonds, particulièrement les banques, qui restreindraient l’accès au financement extérieur, véritable nerf de la guerre dans ce contexte de tensions sur les liquidités.

- Quels seront les secteurs les plus exposés?
- D’abord, il y a les BTP (bâtiment et travaux publics) et l’immobilier résidentiel, en raison de l’impact négatif de la situation économique actuelle sur les décisions d’acquisition de la part de la clientèle privée de logements de haut et moyen standing. Les BTP devraient aussi pâtir de retards de paiement de la part de quelques donneurs d’ordre, notamment l’administration publique. Par ailleurs, le secteur agricole, et particulièrement les opérateurs qui réalisent une part substantielle de leurs opérations avec le marché russe, pourraient également pâtir de la situation économique actuelle sur ce marché.

- Quels impacts aura la baisse du baril sur l’économie marocaine?
- Je pense qu’il ne faut pas nourrir de fortes attentes sur la baisse des cours de pétrole. Je vous rappelle que du temps de la compensation des prix des carburants, les fluctuations à la hausse des cours n’étaient pas répercutées sur le consommateur final, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers. Là, dans ce contexte de baisse des prix, il s’agit à mon sens d’une simple correction du marché, puisque les cours devraient revenir plus ou moins aux niveaux enregistrés du temps de la compensation. Ceux d’il y a à peine quelques semaines voire quelques mois.
En définitive, il n’y aura donc pas de réel chamboulement stratégique notable à attendre de cette conjoncture, en termes d’impact sur les entreprises marocaines ou les consommateurs privés, ni même les finances de l’Etat. Sachant que ce dernier ne subventionne plus les hydrocarbures (à quelques exceptions près). De plus, il n’y a pas de réelle assurance que cette baisse du baril s’inscrive dans la durée, puisqu’il suffirait de problèmes géopolitiques chez un important pays producteur pour que les cours repartent en flèche, du fait d’une raréfaction de l’offre. Ce risque n’est pas à écarter, si l’on considère le climat géopolitique mondial actuel. Plus encore, à terme la baisse du baril pourrait même faire quelques victimes collatérales, notamment les opérateurs marocains qui disposaient de stocks importants de carburants acquis à des prix élevés et qui devront maintenant les commercialiser aux prix actuels du marché. Ce qui se traduit déjà en pertes opérationnelles significatives.

- Quels leviers encore possibles pour inverser la tendance d’une économie défaillante? 
- Il serait très présomptueux d’apporter une réponse définitive à cette question, parce qu’entre la théorie et la pratique, il existe un fossé que nous ne pouvons négliger. Cependant, il convient de rappeler certains fondamentaux indispensables à la croissance économique. Parmi eux, un climat des affaires sain et apaisé, à même d’attirer des investisseurs nationaux et étrangers, une confiance en l’avenir économique national et international qui activerait notamment des décisions-clés d’investissement, ainsi que la poursuite des réformes de fond, notamment à travers le renforcement du développement des pôles de compétitivité nationale (offshoring, tourisme…) et la relance d’autres secteurs en récession mais à fort potentiel, tels que le textile.
Propos recueillis par Amine ATER

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