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En Asie, les survivants luttent encore
Entretien exclusif avec Jean Beckouche, responsable Médecins du monde

Par L'Economiste | Edition N°:1932 Le 05/01/2005 | Partager

Une semaine après les événements dévastateurs, la confusion règne toujours. Beaucoup de zones restent inaccessibles pour les secours. Les moyens de communication sont très limités, voire inexistants, les routes sont coupées et l’essence manque, les maladies diverses se propagent… L’urgence reste aujourd’hui la récupération et l’incinération des corps pour limiter le risque d’épidémie par pollution des nappes d’eau. Mais cela ne suffit pas. Médecins du monde, présent en Asie dès les premiers jours du cataclysme, s’attelle plus particulièrement à soigner et éviter une nouvelle catastrophe, sanitaire cette fois-ci, qui pourrait doubler le nombre de victimes. La course contre la montre est bel et bien engagée. Bilan de l’aide humanitaire en place par Jean Beckouche, responsable du groupe Moyen-Orient, Paris.- L’Economiste: Comment s’est déroulé le plan d’urgence mis en place par Médecins du monde?- Jean Beckouche: Nous nous sommes mobilisés dès le 26 décembre afin de «monitorer» la situation en lien avec notre équipe de Jakarta. Dans la même journée, nous nous sommes concentrés sur deux zones d’intervention, les plus touchées et les plus sensibles politiquement(1) en prenant en compte nos implantations préalables et la coordination de l’aide qui commence à voir le jour afin d’éviter toute duplication. Nous avons deux équipes. Une au Sri Lanka, à Tricol Malee et une autre qui a été dépéchée en Indonésie.- Concrètement, comment se passe l’action sur le terrain?- On a commencé, en premier lieu, par réactiver le système de soins en place au Sri Lanka accompagné de MDM Espagne. Une partie de notre équipe est partie vers le Nord et MDM Espagne s’est dirigée plus au Sud du Sri Lanka. Banda Aceh est particulièrement touchée (NDLR : ville dévastée au nord de l’île indonésienne de Sumatra, la région la plus proche de l’épicentre du seisme). Il y a beaucoup de victimes. Nous dénombrons aujourd’hui 7 camps de réfugiés pour un total de 5.000 personnes. On a visité 3 dispensaires le jour même de notre arrivée, le 26 décembre. L’équipe assure actuellement les soins dans un dispensaire de la ville et prend en charge les déplacés qui n’ont pu encore bénéficier d’aucune aide.- Comment parvenez-vous à atteindre les rescapés en dépit des difficultés d’accès? - C’est très compliqué. Il faut noter que nous avons la volonté d’explorer les zones en dehors de la ville. Effectivement, les routes et les voies maritimes sont impraticables à ce jour. Donc nous avons recours à l’hélicoptère de manière ponctuelle, à cause du manque de carburant.- En quoi consiste les programmes d’aide médicale d’urgence mise en place par MDM sur les lieux sinistrés?- Nos équipes ont prévu plusieurs volets d’intervention. Elaborer, voir dans un premier temps, le côté médical et logistique ensuite. 2 tonnes de matériel de premier urgence ont été acheminés vers le Sri Lanka et l’Indonésie. A Aceh plus particulièrement: 2 coordinations de médecins, locaux et expatriés étaient présents sur les lieux dès les premières heures. On a mis en place des cliniques mobiles. Une équipe de renfort est partie le 3 janvier: des infirmiers, des médecins des logisticiens, etc. Un fret est en cours d’acheminement depuis le 3 décembre. Cette aide médicale devrait être suffisante pour prendre en charge 50 000 personnes durant 3 mois. Des unités de soin sont prévues. Nous disposerons bientôt d’une capacité d’hospitalisation de 30 lits. Signalons que nous avons dû rajouter du matériel orthopédique, du matériel pour la chaîne de froid et un kit de Choléra. - Le choléra?- Oui, les premières manifestations de choléra sont apparues le 3 janvier au Sri Lanka, selon nos médecins sur les lieux. Nous avons dû rajouter un kit catastrophe (chirurgie, cas d’accidents majeurs). Il faut s’attendre également à des cas de malaria.- Et qu’avez-vous prévu pour le problème d’eau souillée?- Le kit catastrophe comprend un kit de chloration pour l’eau sale. La malaria favorise l’apparition de cas de paludisme… En effet, l’eau stagnante et les cadavres sont à la source de maladies. On note un grand nombre d’infections pulmonaires. Ceux qui ont survécu ont inhalé des eaux fétides. On diagnostique beaucoup de pneumopathies… 50 000 personnes vont mourir de ces maladies. C’est le problème de l’eau, de l’alimentation, ils crèvent de faim. La Malaria est à craindre. Il y a de grosses choses qui nous attendent.- Sur quel réseau international vous appuyez-vous ?- MDM Chypre, Espagne, Grèce et Portugal… Ce réseau s’est mobilisé sur différentes villes du Sri Lanka. Il est à l’origine de l’implantation d’un grand nombre de matériel médical. Par exemple, MDM Espagne a acheminé un kit pour 10 000 personnes couvrant 3 mois ainsi qu’une tonne de médicaments au Sri Lanka. Chypre a ramené 150 kg de médicaments et la Grèce a acheminé de l’eau. Le traitement de l’eau fait partie de tous les programmes de MDM. - Au niveau psychologique, vos équipes ont fort à faire…- Il va falloir énormément de temps, vous savez… Il faut d’abord soutenir les médecins et les soignants locaux. Il faut beaucoup les aider, ils ont perdu des leurs, ont dû procéder à des recherches et récupérer des corps puis les identifier.


Médecins du monde, qui sont-ils ?

Depuis sa création en 1980, Médecins du monde s’appuie sur l’engagement de bénévoles et de salariés pour porter secours aux populations les plus vulnérables dans le monde. MDM est une association de solidarité internationale qui a pour vocation de soigner les plus fragiles dans des situations de crises et d’exclusion. MDM suscite l’engagement de médecins et de professionnels de la santé en s’assurant l’appui de toutes les compétences indispensables à l’accomplissement de sa mission. Ses acteurs recherchent, en toute occasion, des relations de proximité avec les populations soignées. A partir de sa pratique médicale et en toute indépendance, l’ONG souhaite révéler les risques de crises et de menaces pour la santé et la dignité afin de contribuer à leur prévention. Elle mobilise des partenaires pour les actions de solidarité sortant du champ de la santé et tente de dénoncer les atteintes aux droits de l’homme et plus particulièrement les entraves à l’accès aux soins. L’association développe également de nouvelles approches et de nouvelles pratiques de la santé publique dans le monde.


Une semaine après les événements, le bilan

«Nous sommes actuellement sur la construction d’abris. Mais c’est très laborieux. Il faut envisager de très longues missions à venir. Plus d’un an sera nécessaire… Pour l’instant, on soigne beaucoup les fractures et les coupures dues aux bouts de verres. Il faut craindre les maladies respiratoires, le paludisme, la dengue (provenant des insectes), etc. liées à l’eau non potable. Les gens sont très dénutris et ces maladies vont encore se développer. Le plus urgent à parer reste le choléra. Nos médecins ont aussi constaté de nombreux cas de morts par dysenterie qui touche surtout les enfants. Un fret de 19 tonnes est en cours d’acheminement. 34 médecins sont déployés en Asie par MDM. Banda Aceh reste très difficile d’accès, de nombreuses zones n’ont pu être secourues, on craint un bilan terrifiant.»Propos recueillis par Céline PERROTEY--------------------------------------------------------------------(1) Aceh est en situation de guerre civile depuis mai 2003. Une zone sous le coup de la loi martiale: la présence des étrangers est interdite. Cette interdiction a été levée seulement le 3 décembre dernier. A l’origine du malaise: le GAM (mouvement Aceh libre), le groupe d’indépendantistes qui s’oppose au gouvernement indonésien depuis 1976.

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