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La littérature, parent pauvre de l'édition

Par L'Economiste | Edition N°:651 Le 02/12/1999 | Partager

· 500.000 exemplaires vendus annuellement

· L'essai est le genre littéraire le plus sollicité par le public

· La promotion du livre manque d'agressivité


Avec 500.000 exemplaires vendus annuellement, l'édition littéraire peine à décoller dans un marché qui reste dominé par les publications scolaires. A quelques exceptions près, un titre se vend en moyenne à 2.000 exemplaires. Pour cette année, la production littéraire ne devrait pas dépasser 1.000 titres. Même si le bilan n'est pas à la hauteur de leurs ambitions, les éditeurs spécialisés dans le créneau littéraire (une quinzaine en tout) ne se plaignent pas pour autant. Les efforts qu'ils ont entrepris pour rendre les oeuvres littéraires locales plus accessibles commencent à donner leurs fruits. Le lecteur marocain peut s'acheter aujourd'hui un essai ou un roman à 50 voire 70 DH. "Si les tarifs sont revus à la baisse, ce n'est pas pour autant la ruée vers les librairies.
Le prix n'est pas le seul critère pour stimuler le besoin des lecteurs potentiels", confie un libraire. L'intérêt du public pour la littérature locale semble de plus en plus gagner du terrain, admettent des éditeurs et des libraires. Au-delà des efforts des éditeurs, cet intérêt est également attribué à l'apport de jeunes auteurs tels Youssef Amine Alami ou encore Fouad Laraoui. Cette génération d'écrivains répond aux soucis des jeunes en quête de nouvelles expériences de lecture. Ces auteurs se sont démarqués de la littérature dominante qui sombrait dans le misérabilisme pour décrire la société marocaine.

Beaucoup de retard accumulé

"L'état des lieux de l'édition littéraire laisse à désirer. Les conditions nécessaires ne sont pas encore réunies pour favoriser la consommation des titres littéraires", déplore M. Abdelkader Retnani, directeur général de la maison d'édition Eddif. L'éditeur attribue ce déficit à plusieurs facteurs, notamment au retard accumulé dans le domaine de l'alphabétisation et l'enseignement. Ces deux aspects déterminent en grande partie la tendance éditoriale de l'édition marocaine. Le marché reste marqué par la floraison des publications scolaires, universitaires et scientifiques. Les médias sont également interpellés par le patron d'Eddif. Si la presse écrite joue le jeu par la médiatisation des oeuvres locales, il reste que la télévision ne s'investit pas assez dans la promotion des titres littéraires, ajoute-t-il. Généralement, les programmes télévisuels qui traitent de la culture font encore défaut sur les deux chaînes nationales. Les communes doivent également participer dans l'effort de sensibilisation à la lecture. Pour l'heure, les bibliothèques des centres culturels brillent par l'absence des nouveaux titres littéraires et aussi par la faiblesse des budgets qui y sont consacrés. A titre d'exemple, une des communes les plus riches de Casablanca dispose d'à peine 5.000 DH par an pour alimenter la bibliothèque municipale. Un montant qui reste donc dérisoire.
Si le segment de l'édition littéraire cherche ses marques, les éditeurs opérant dans cette branche ne comptent pas baisser les bras. Ils continuent à s'investir dans la recherche de nouveaux talents. Objectif, répondre aux besoins des lecteurs potentiels. "L'essai est le genre littéraire le plus sollicité par le public, estime M. Retnani". Selon lui, cette préférence est attribuée au fait que le lectorat évite de moins en moins la langue de bois. L'essai permet d'ailleurs aux auteurs de décortiquer la société marocaine, ajoute-t-il. En termes de choix, le roman vient en second lieu.
Aujourd'hui, tout le monde s'accorde à dire que la relance de l'édition dépend essentiellement de la sensibilisation à la lecture et les mesures d'encouragement que doivent prendre les pouvoirs publics. Le marché du livre n'atteint pas encore sa vitesse de croisière. Bon nombre d'éditeurs ont crié haut et fort à plusieurs occasions la menace que représente l'importation d'ouvrages en solde. "Le phénomène porte préjudice aux nouvelles publications", déplore le patron d'une librairie.

Mohamed DOUYEB

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