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Les fluctuations boursières: Simples corrections ou fin d'un modèle économique

Par L'Economiste | Edition N°:312 Le 08/01/1998 | Partager

par Ahmed KHAOUJA(*)

Les bourses sont de plus en plus au service de l'économie financière et non au service de l'économie réelle. Conséquence: les krachs se multiplient. Pour y remédier, l'auteur de l'article propose des mesures à court et long termes.


LA bourse, symbole du capitalisme, assurait par le passé la rencontre entre le monde de la production et celui de la finance. Actuellement tout semble indiquer que cette mission est devenue plutôt secondaire. Aujourd'hui, pour le directeur général d'une grande entreprise aux Etats-Unis par exemple, gagner de l'argent par la spéculation sur des titres boursiers, au niveau mondial, est d'autant plus important que d'améliorer la qualité des produits de son entreprise.

Effet «domino»


Les gains rapides au niveau de l'économie financière ont poussé les grandes entreprises à développer de véritables départements gérant virtuellement, 24 heures sur 24, des placements dans les bourses mondiales. Cette tendance s'est accentuée avec la déréglementation du système financier international depuis le début des années 80.
Une déréglementation qui a contribué à l'apparition des moyens financiers à haut risque et à haut rendement. La culture du «toujours plus» pousse certaines entreprises jusqu'à risquer en bourse l'argent dont elles peuvent avoir besoin à court terme.
Ce sont ces dernières pratiques qui amorcent le plus souvent l'effet d'avalanche. Dès le début d'une tendance à la chute des titres, ces entreprises se précipitent pour vendre les titres qu'elles détiennent par risque justement de ne pas honorer leurs engagements à terme. Ainsi, on assiste à la transformation instantanément de l'effet «d'avalanche» local en un effet «domino» au niveau global. Car la recherche de la liquidité se fait, aujourd'hui, en temps réel à l'échelle planétaire, à travers l'interconnexion des ordinateurs des différentes bourses mondiales par des réseaux de télécommunications rapides et puissants. Cette baisse brutale des bourses fragilise, entre autres, les banques et les sociétés de courtage. Cela est d'autant plus grave que, dans certains pays comme le Japon, on autorise aux banques d'intégrer les plus-values de la bourse dans les fonds propres afin de faire face à une partie des créances douteuses.
La spéculation boursière transforme peu à peu l'économie mondiale, dans le cadre de la globalisation des échanges d'information, en une véritable «jungle».

Déconnexion


Les entreprises sont obligées de se restructurer en permanence pour voir leurs titres boursiers augmenter ou se stabiliser. Si elles ne se restructurent pas d'elles-mêmes; elles seront contraintes de le faire par des agents externes, c'est-à-dire par les raiders, initiateurs d'O.P.A hostiles ou sauvages. Ainsi les bourses mondiales sont de plus en plus au service de l'économie financière et non au service de l'économie réelle. Paradoxalement, quand par exemple ATT annonce une restructuration et un plan social, cela se traduit par une augmentation du cours des actions à Wall Street.
Ainsi avec le temps, il y a eu une rupture entre les intérêts des entrepreneurs classiques et ceux des traders. Cette déconnexion des intérêts a fait gonfler la sphère de l'économie financière par rapport à celle de l'économie réelle. Le rapport entre les deux sphères par jour à Wall Street est de 40 en moyenne.
Que faire face à ces krachs boursiers qui ont tendance à se répéter, et ceci depuis octobre 1987? Les krachs boursiers sont des symptômes qui vont continuer à se manifester tant que des remèdes ne sont pas envisagés à la base. Les réformes qui sont proposées sont de deux sortes. Il y a celles qui peuvent être envisagées à court terme et d'autres plus profondes qu'il faut songer à mettre en oeuvre à long terme.

Les réformes à court terme:
- Limiter la cotation continue au niveau des bourses mondiales. Le Prix Nobel français, Maurice Allais, avait affirmé qu'il est anormal de spéculer sur les titres d'une entreprise 24 heures sur 24.
- Mettre en place une réglementation qui sanctionne sévèrement les délits d'initiés. Un homme de la finance aux Etats-Unis avait affirmé à ce sujet «On devrait prévoir des sanctions plus graves pour les traders qui commettent les délits d'initiés».
- Eviter par des mécanismes juridiques, au niveau des statuts des entreprises, les O.P.A. sauvages ou hostiles. Car l'existence de ce genre d'O.P.A. pousse les managers à suivre le cours de leurs titres plutôt que de s'occuper de leur activité normale.
- Limiter les crédits à très court terme comme les obligations «pourries» ou junk-bond. Ces obligations risquées et à fort taux d'intérêt sont remboursées après la vente de certains actifs de l'entreprise ciblée dans le cadre de l'O.P.A. hostile.
- Interdire aux entreprises classiques, c'est-à-dire celles qui ont déjà une activité donnée, de spéculer sur les places financières. L'investissement en bourse doit être limité aux épargnants individuels, aux organismes spécialisés tels que les investisseurs institutionnels et aux entreprises choisies amicalement dans le cadre d'alliances stratégiques, comme l'exemple de France Télécom et de Deutsh Telekom.

Les réformes à long terme:
- Inculquer aux jeunes à travers une culture de qualité des valeurs qui leur permettent de résister à la logique de gagner toujours plus d'argent. Certains professionnels de la bourse comme Felix Rohatyn ont critiqué les bases de la culture du «toujours plus» et l'atmosphère de casino régnant à Wall Street.
- Instaurer un système financier plus stable. Maurice Allais propose d'interdire aux banques de dépôt de contribuer à la création monétaire par le biais des taux d'intérêt. Pour les banques de prêt, elles doivent prêter l'argent pour des périodes plus rapprochées; les bénéfices engendrés par l'effet de création monétaire découlant des taux d'intérêt doivent être versés à la collectivité, ce qui permettra, toujours d'après M. Allais, économiste libéral, de réduire les impôts.

- Concevoir un modèle économique pour remplacer celui de Keyns, car ce dernier arrive à terme. L'économie occidentale a été sauvée dans les années 30 par les vertus de l'économie de l'ex-URSS, qui n'avait pas, à l'époque, été touchée par la récession. En effet pour sortir de la crise, l'économiste Keyns avait proposé aux gouvernements des pays occidentaux d'intervenir dans l'économie quand le privé se trouve en difficulté afin de garantir l'emploi et la consommation. Mais aujour-d'hui on revient sur le rôle de l'Etat, étant donné que le modèle keynésien a été responsable entre autres de l'augmentation des déficits publics et des endettements des pays. Le gouvernement américain, dans le cadre du lancement des grands projets tels que celui des autoroutes de l'information, compte trouver le financement de ces travaux dans le cadre de la déréglementation du secteur des télécommunications pour éviter des déficits publics. Par ailleurs, la réduction des coûts de production est l'un des moyens d'action utilisés pour réussir la compétitivité. Cela se traduit, par la conception de produits finis de qualité et à chaque fois avec moins d'emplois et moins de matières premières dans le processus de fabrication. Cette tendance à l'immatérialisation de l'économie mondiale affaiblit mathématiquement la relation macro-économique qui liait l'emploi aux investissements, relation qui était à la base du modèle keynésien.

(*) Ingénieur des Télécoms et chercheur en gestion.

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