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Un marché porté par le scolaire

Par L'Economiste | Edition N°:651 Le 02/12/1999 | Partager

· Le SMEL ouvre aujourd'hui à Casablanca et se poursuit jusqu'au 8

· Les opérateurs attendent la mise en place d'une véritable politique de promotion du livre


Le thème du Salon qui ouvre ses portes aujourd'hui pourrait être embarrassant, mais il ne choque personne: on peut afficher l'un des taux d'analphabétisme les plus élevés à travers le monde et considérer que le débat sur l'édition et le livre n'est pas un sujet tabou.
La manifestation doit constituer une bonne occasion pour prendre du recul et porter le regard sur les évolutions longues qui sont à l'oeuvre (ou qui restent à mettre en oeuvre) dans ce secteur, les tensions qu'elles recèlent et le genre d'avenir qu'elles annoncent. Les experts en conviennent: l'état des lieux de l'édition littéraire n'est guère reluisant. Le secteur peine à décoller, en dépit des efforts des prix et l'apport de jeunes auteurs qui, à travers la diversité des thèmes abordés et le style, sont sortis des sentiers battus.
Est-ce un problème d'offre, de demande ou encore d'orientation politique. Peut-être les trois à la fois.
Le leitmotiv du «Marocain qui ne lit pas beaucoup» resurgit à chaque fois que le problème de l'édition et du livre et posé. il faut dire qu'au niveau local, les initiatives de promotion du livre pêchent par leur rareté. La faiblesse des budgets alloués par les communes à leurs bibliothèques municipales est à plusieurs reprises évoquée. Ailleurs, la lecture a eu ses lettres de noblesse et les bibliothèques ont été érigées en véritables monuments où s'est imposé le culte du savoir. Casablanca ou Rabat ne comptent même pas de bibliothèques dignes de ces villes. L'affaire dépasse le simple cadre du Ministère des Affaires Culturelles qui reste un des plus pauvres.
Finalement, le livre doit son salut à deux phénomènes:
D'abord le dynamisme du marché de l'édition scolaire. L'information a de quoi rassurer: les écoliers lisent au moins les ouvrages qui leur sont imposés par les programmes du MEN! Pour les éditeurs, ce créneau est sûr, mais les marges sont faibles. Ils s'en sortent tout de même à travers l'effet volume. Près de 500.000 exemplaires scolaires sont écoulés chaque année pour les niveaux de 1ère et 2ème années primaires et 400.000 pour le niveau supérieur (3ème année). Pour les livres du secondaire, il se vendent à peine à 10.000 unités.

Ensuite, l'intérêt que suscite le beau livre. Ce produit est de plus en plus prisé, mais ce n'est pas encore l'euphorie. Sur un marché qui reste majoritairement dominé par des maisons étrangères, quelques éditeurs marocains jouent avec succès les trouble-fête. Les marges confortables dégagées sur le beau livre expliquent cet engouement.
Pour autant, le beau livre ne permet pas de mesurer la bonne santé du secteur de l'édition. C'est d'abord un produit de luxe. Les achats sont saisonniers, généralement en fin d'année. En raison de la forte valeur symbolique du produit (acheté pour être offert), il est improbable que le beau livre puisse devenir le cheval de bataille de la littérature. D'ailleurs, les jeunes auteurs s'en offusqueraient. Les éditeurs ne demandent pourtant que cela: «Un beau livre me permet de financer deux ou trois essais», souligne le patron d'une grande maison d'édition marocaine.
Mais au risque de choquer la création littéraire, le livre a un coût. Il faut tenir compte de l'impression et surtout de la diffusion qui rentre pour près de 50% dans le coût total. C'est sans doute la raison pour laquelle les prix en librairie peuvent représenter 3 fois le prix de revient.
L'étroitesse du marché de l'édition se ressent forcément sur celui de l'industrie du papier. Les ventes sur ce marché atteignent à peine 100.000 à 120.000 tonnes par an. Les opérateurs se plaignent ici notamment de la concurrence du secteur informel (encore!) et le coût élevé du fret. Les dernières hausses du cours de la pâte à papier ne sont pas non plus pour arranger les choses. En moyenne, le Marocain consomme 8,5 kg de papier par an, contre 11 kg en Algérie ou 12 en Tunisie.

Mohame:d BENABID



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